» JE VOUDRAIS ETRE MORT : C’EST UN SOUHAIT FREQUENT QUI PROUVE, DU MOINS QUELQUEFOIS, QU’IL Y A DES CHOSES PLUS PRECIEUSES QUE LA VIE » selon Denis DIDEROT

 

Lors de son 1er contact avec Max Schur qui allait devenir son médecin particulier, Freud s’adressa à lui en ces termes « Promettez-moi une chose encore : que lorsque viendra le moment, vous ne me laisserez pas souffrir inutilement ». 

Mais, d’où émane ce souhait énoncé ?

« La honte est honte de soi devant autrui », dit Sartre mais, en fin de vie, elle ne concerne plus un comportement mais la personne tout entière, épinglée devant le regard peu amène de certains soignants.

Il s’agirait alors, selon Collaud, d’une « honte d’être » qui l’éjecte de la communauté humaine. 

En effet, le patient n’est pas dupe de l’éventuelle comédie compassionnelle qui l’entoure, il sent qu’il encombre et qu’il ne suscite plus qu’indifférence ou pitié. Son sentiment de ne plus posséder aucune valeur l’amène à restaurer sa dignité en formulant lui-même son désir de mourir.

Mais elle est rarement une recherche de la mort, elle vise à mettre fin à une souffrance.

À défaut de trouver une autre solution pour s’extirper d’une impuissance douloureuse et dans une situation ressentie comme irréversible, la mort volontaire paraît la seule issue pour mettre un terme à une insupportable tension.

Elle est toujours le symptôme d’un épuisement du sens et de la liquidation de tout goût de vivre.

Elle marque la conviction d’un horizon sans fin d’une telle souffrance. 

Mais, le sujet est toujours pris dans les mailles de son histoire personnelle, il est « quelque part dans l’inachevé » comme l’affirmait Rilke, il ne cesse de se redéfinir selon les circonstances, il n’est pas toujours le même. 

Dès lors…

LA CULTURE EN 2020, 2021 …

Je ne fais que relayer un billet d’humeur de mon beau-frère, Jacques BONNAFFE

« GRAND-MERE BACHELOT a parlé. Il faut se couvrir, se couvrir dit-elle. Et craindre les interactions sociales, celles qui accompagnent inévitablement les sorties, au cinéma par exemple, alors que dans les galeries marchandes, aux rayons cosmétiques ou légumes frais, on va faire ses courses prudemment et on rentre tout de suite tout de suite, en évitant de se toucher-coller dans les files. On y va seul c’est connu, alors que musées cinés théâtres on s’y retrouve en groupes ( ah bon ?), on stationne, devant les édifices et dans les halls près des buvettes (fermées faut-il le rappeler?), on discute, on poireaute. On pratique des interactions sociales, comme on a pu ne pas le constater pendant l’embellie septembre/octobre, où chacun rentrait chez soi après le film. On aime sortir au théâtre (et autres lieux) pour éviter une autre interaction justement, celle que nous impose le télétravail, les campagnes d’information, la radio les images en séries et sous conditionnement commercial, publicitaire ou pédagogique. Je vais au théâtre pour m’y retrouver, oui être en état d’admiration partagée et désaccordée, oui j’y trouve le droit de penser librement, pas en état de surveillance, ou sous prescription. J’y quitte mes peurs et surtout mes professeurs d’anxiété. Roselyne écarlate nous rassure en disant qu’elle en a parlé au ministre de la santé, hier encore dit-elle, il comprend lui, tout ce qui nous arrive dans les secteurs de la musique, des arts en scène, des cinémas ? Et dans les poches d’inégalité territoriale, quand ici ou là l’activité pourrait reprendre, avec les précautions désormais acquises.

Cela fait un long moment qu’il y a un air d’hôpital dans nos vies, bien avant mars 2020, diktats hygiénistes, normes inadaptées, redoublées triplées et ces emballages et ces enrobages, ces blanchiments généralisés, javellisation du regard jusqu’aux ports maritimes ou fluviaux devenus ports de plaisance, uniformément blancs. Jusqu’au sport qu’on pensait multicolore, les joueurs se présentent comme des boites à pharmacie, entrainement médicalisé bien sûr. Ils paraissent extérieurement plus androïdes qu’humains. Voyez ce qu’est devenu un corps de rugbyman pro, c’est de la belle carrosserie,
une surface d’annonce marquetée, on croit rêver. La culture n’a pas fait sa mutation sanitaire, c’est cela que veut lui imposer notre nouvelle ministre de la santé de la culture. Pour qu’enfin il n’y ait que des choses propres. Et de la télé, contrôlable, et bien conne comme Culture box. Elle a fait carrière dans les chaines de divertissement comme dans la santé, Roselyne. Ce qui nous a le plus inquiété ce matin c’est que visiblement, il faut qu’elle se repose. »

Et à Douai, en ces temps singuliers, comment se mobilise-t-on pour soutenir la Culture qui  » ne s’hérite pas mais se conquiert  » ? quelles sont les manifestations de soutien actif aux structures et intermittents du spectacle étant envisagées ?

EN 2021, RIEN NE DEVRA ETRE PLUS CONTAGIEUX QUE LA SOLIDARITE !

En ce début 2021, quel est l’état des lieux de notre société dont les plus vulnérables font les frais ?

Comment aider les plus vulnérables d’entre nous à affronter les difficultés qui les attendent, pour qu’ils résistent à l’absence d’espoir de ces temps contemporains, comment leur permettre de prendre leur place et de se prendre en main dans un monde désenchanté, au lieu qu’ils ne s’engouffrent dans le cycle nihiliste du « no future, no limits » ?

Le monde dans lequel nous vivons, celui de nos pays riches, est comme ce fruit tentant qui contient en son cœur le ver qui le pourrit : un ver nommé Marché, croissance, mondialisation, ces mots magiques qui mènent le monde, qui promettent et promeuvent le bonheur à portée de consommation, mais qui impliquent prédation, surexploitation, gaspillage, jusqu’à ce que la planète s’embrase.

Vous n’avez d’ailleurs qu’à lire les panneaux municipaux en entrée de ville de Douai « Faites vous  PLAISIR, ACHETEZ local ».

Dans sa définition, le plaisir désigne la satisfaction immédiate d’un désir alors qu’aujourd’hui, pour nombre d’entre nous, l’achat se réduit à la recherche de réponse à un besoin primaire !!!

Nous étions jusque-là spectateurs et acteurs d’une pièce qui se jouait sur la scène mondiale, avec ses couacs, ses crises, mais un arrêt sur image nous a plongés dans un état de sidération, un état de marasme, sans issue de secours.

La Covid 19 a mis le projecteur sur ce que nous ne voulions pas voir, est devenue la représentante d’une civilisation malade d’un néolibéralisme effréné, appelé aujourd’hui ultralibéralisme.

Misères économique, sociale, culturelle, écologique, politique participent de la misère psychique.

Les plus fragiles d’entre nous sont le symptôme d’un échec sociétal, naufragés psychiques de la déliaison sociale.

Les enfants les plus à la dérive sont fascinés par la brillance des miroirs aux alouettes. Ils sont ces papillons qui se brûlent aux lumières du monde dans une fuite en avant maniaque pour ne pas se mélancoliser dans le faisceau des ténèbres de notre temps. Du vide dépressif et mélancolique au remplissage addictif et maniaque !

Vivre avec son temps, c’est en relever les défis, c’est penser les contradictions de notre époque pour en dépasser les impasses.

Alors cessons, par exemple, de répondre positivement aux injonctions à consommer de manière outrancière !

L’ENFANT ET L’HORREUR

Les médias ont largement relayé les récents actes barbares qui ont sidéré bon nombre d’adultes, les laissant parfois sans voix pour aborder cela avec leurs enfants. Comment parler de tels actes avec les enfants ? Comment trouver les mots ? Comment les accompagner sans leur mentir mais sans les envahir de nos angoisses ? 

Contre le chaos, contre la monstruosité, il n’y a pas d’autres armes que celles de la pensée, de la dignité, de l’attention à autrui, de la construction démocratique permanente ; le travail de la culture… Si le «monstre» est tout entier à ses pulsions, l’homme gagne son humanité en évitant d’être emporté par ses émotions grâce à sa capacité de penser à lui-même, à l’autre et au monde qui l’entoure. Il s’agit d’un mouvement où je me laisse toucher par la souffrance de l’autre et où, plutôt que d’en être sidéré, fasciné, je suis capable de penser et parler cette souffrance et, éventuellement, d’agir.

il n’y a pas de « maître de l’univers », seulement des humains qui tentent de faire de leur mieux dans un monde où, hélas, il y a des catastrophes, des accidents, des meurtres. Depuis l’aube des temps, les hommes ont à la fois cherché à s’en prémunir mais également ont été amenés à vivre avec ce réel, le ciel qui peut tomber sur la tête malgré la potion magique. Reconnaître cette part de non-maîtrisable et faire entendre à l’enfant qu’il y a moyen de vivre avec, c’est également aider ce dernier à grandir.

Il faut éviter de leur montrer n’importe quelles images. Parce que les images, pour les jeunes enfants, n’ont pas de caractère informatif.

Ca sidère, ça crée beaucoup d‘émotions, mais ça n’informe pas.

Inutile aussi de les envahir de détails techniques, concrets, de parler du sang, de la douleur, des balles tirées.

Satisfaire leur curiosité, oui. Chercher à les informer à tout prix, non.

Lorsque les parents auront répondu aux questions de leurs enfants, ils devront reprendre les rênes de la conversation et la ramener sur le terrain de la normalité « Hey, on ne va pas tarder à dîner. Tu viens m’aider à mettre la table ».

Si vous respectez les habitudes de tous les jours, vos enfants sauront que leur univers n’est pas menacé !

HOMMAGE RENDU, AVEC LE M.R.A.P., A MONSIEUR SAMUEL PATY

Ce vendredi 16 octobre 2020, nous étions sous le choc de l’assassinat qui venait de se produire à la sortie d’un collège et envahis par des émotions multiples et légitimes telles l’effroi, la sidération, la stupéfaction, l’indignation, la colère, la tristesse…

A travers cet acte d’une horreur absolue, il s’est agi de la traduction d’une haine sanguinaire contre l’humanité, contre un enseignant livré à la vindicte de fanatiques, d’intransigeants islamistes.

Comme l’a écrit Louis ARAGON, « certains jours, j’ai rêvé d’une gomme à effacer l’immondice humaine ».

L’urgence tragique du présent tendant à libérer les passions plus qu’à favoriser l’exercice de la raison et la tentation existant de se contenter d’opposer le dogmatisme au fanatisme, un credo prétendu républicain à une religiosité perçue comme dévoyée, nous avons souhaité différer quelque peu cet hommage à Mr Samuël PATY.

Si, ce soir, nous sommes si nombreux, c’est parce que nous avions besoin de nous retrouver, hommes et femmes que nous sommes, les uns avec les autres, de partager un grand moment collectif afin de transformer cet acte tragique, cet acte de barbarie en une pensée, en un mouvement, en une énergie, en une résistance !

Nous ne voulons ni récupération politique, ni stigmatisation d’une communauté cultuelle !

Ces exactions visent à combattre et, à terme, à détruire de l’intérieur, par la violence mais surtout par la peur et la soumission, les institutions démocratiques et républicaines.

Cet acte ravageur se voudrait un message !

En supprimant un enseignant qui offrait, à travers l’échange d’idées, l’accès à l’esprit critique aux enfants et citoyens de demain, en sacrifiant un homme oeuvrant au service de l’Etat.

L’acte frappe une Partie pour atteindre le Tout .

La haine radicale des fanatiques terroristes pour tout ce qui n’est pas eux, les incite « à refuser toute altérité et, donc, tout dialogue ».

La laïcité n’est pas une machine de guerre contre les religions mais une façon d’affirmer les prérogatives de l’État tout en organisant la coexistence pacifiée des diverses croyances ou absence de croyance.

Faire vivre la laïcité, penser qu’elle peut nous aider à résoudre les problèmes actuels, ce n’est pas en faire l’objet d’un discours clos, défensif et incantatoire.

C’est au contraire maintenir la réflexion ouverte, pour qu’elle ne devienne pas un prétexte à excommunications mais le moyen d’une intégration vivante au sein d’un projet républicain qui est sans cesse à réinventer.

Par ailleurs, la liberté d’expression (antérieurement nommée « la libre circulation des pensées et des opinions » dans l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789) est la condition de la liberté de pensée car la pensée ne prend forme que par la communication avec autrui.

L’Ecole n’est autre qu’un creuset du vivre ensemble, un lieu de transmission du savoir, de la connaissance, des Lumières, de la liberté de penser et de mettre en doute.

Jusqu’alors, Mr Samuël PATY était un héros anonyme de l’école publique et, plus largement, des services publics aujourd’hui de plus en plus abandonnés par l’Etat !

Mr Samuël PATY a été assassiné pour avoir porté haut l’exercice du sens critique, participé à la promotion des idées humanistes et ouvert le chemin vers l’émancipation.

Le vivre ensemble naîtra de notre capacité à nous rencontrer avec nos multiples appartenances, pour nous reconnaître d’une même humanité.

Elle se renforcera par notre volonté de nous unir autour d’un même combat pour la dignité.

Pour Amin MAALOUF, « l’Humanité, tout en étant multiple, est d’abord une ».

Par cet acte impensable, indicible, l’éducation autre que familiale que nous avons reçue, que nos enfants reçoivent, a été symboliquement annihilée et nous sommes, aujourd’hui, tous endeuillés !

Je vous invite, à présent, à respecter 1 minute de silence en hommage à Mr Samuël PATY, martyr dans sa mission républicaine !

15 OCTOBRE : JOURNEE MONDIALE DE SENSIBILISATION AU DEUIL PERINATAL

Le deuil périnatal nous met face à un fœtus / enfant (chacun choisira ce qui lui convient) mort avant de naître ou né peu de temps avant de mourir.

Situation bien singulière mais non exceptionnelle, témoin d’une violence liée à l’inversion de la logique de la vie (la mort de l’enfant avant les parents), la dramatique coïncidence naissance/mort, la culpabilité majeure de n’avoir pas su ou pu garder son enfant en vie, le sentiment d’amputation « d’un bout de soi », l’absence ou le peu de souvenirs communs constituant des traces de vie, la difficulté psychologique de se sentir parent de cet enfant-là dans une société où parler de la mort d’un bébé reste encore tabou.

Les parents se trouvent précipités dans une douleur innommable, une solitude et une culpabilité, dont il est souvent difficile de parler.

Le travail de deuil est généralement décrit dans la littérature comme l’accomplissement de 3 phases :

La 1ère phase du travail de deuil ou, plus exactement, sa phase préliminaire, est l’état de choc, provoqué par la nouvelle de la mort de l’être cher.

Le travail de deuil proprement dit ne commence réellement que lorsque le temps du déni et du refus est dépassé et que s’installe la souffrance dépressive. C’est là que s’effectue le désinvestissement de l’objet, qui constitue l’essence du travail de deuil.

Enfin, survient la phase d’adaptation marquée par l’investissement de nouveaux « objets » et la création de nouveaux liens.

Les propos d’une mère parlent / vous parleront beaucoup mieux de ce vécu « Tout ce que mon amour de mère a pu ressentir de déchirure, de brisure, de solitude et d’incompréhension lorsqu’il s’est agi pour moi de réaliser brutalement que «la chair de ma chair» qui avait pris vie et qui bougeait en moi était condamnée à mourir et que, dans la réalité opératoire de ce moment d’horreur, il n’y avait qu’un très petit pas, assez vite franchi par l’environnement et surtout assez vite oublié de tous, pour prononcer à son encontre une sentence de mort rapidement exécutoire.

Au choc de sa disparition, allait venir s’ajouter, pour moi, un traumatisme supplémentaire car, à peine sorti de mon ventre déjà en deuil, mon petit Paul qui naissait mort à presque 21 semaines, allait subir l’inflexible jugement du législateur qui le renvoyait impitoyablement à la qualification de «rien», «déchet humain», «produit innomé».

Il n’avait donc aucune existence, de quelque ordre que ce soit, aucun statut qui me permette de l’inscrire sur notre livret de famille et qui l’instaure dans le réel ».

Dès lors, comment effectuer le deuil de rien autour de pas grand chose ?

Avant même que la vie ne vienne donner existence au petit d’humain, la mort fait cruellement son œuvre.

Ainsi, des bébés qui ont habité le ventre de leurs mères pendant quelques mois ou qui ont fait une brève apparition sur la scène des hommes, sont arrêtés de manière impitoyable dans leur élan de vie, laissant leurs parents dans le chagrin, l’incompréhension, l’indicible et l’impensable.

Collusion insupportable entre la vie et la mort, bousculant l’ordre des générations, survenant dans la fragilité de la grossesse, s’incrustant dans la chair meurtrie de la mère, questionnant la représentation parentale du bébé qui n’a pas vécu.

La mort d’un bébé avant sa naissance ou peu de temps après produit un véritable séisme dans la famille.

Tous les repères sont bousculés, la temporalité modifiée, l’ordre des générations bouleversé : « La mort des parents, c’est la perte du passé ; la mort d’un enfant, c’est la perte de l’avenir.»
Les couples vivent un cauchemar éveillé.

L’effroyable est entré dans leur vie.

Plus rien ne sera comme avant.

Il s’agit toujours d’enfants qui n’existent qu’à travers les traces laissées dans le psychisme des parents. C’est la singularité du deuil périnatal.
Le moment de l’annonce, où la vie bascule en une fraction de seconde, où les repères vacillent à toute allure, où le vécu terrifiant va bien au-delà de l’imaginaire, inaugure le travail de la perte…

Ce deuil comporte une dimension bien particulière puisqu’il doit se construire sur très peu d’éléments concrets de vie, voire aucun quand les seuls souvenirs sont les mouvements in utero du bébé ou les images échographiques.

Les professionnels mesurent souvent les effets bénéfiques et étayant d’une présence accompagnante de proximité, l’importance d’un accompagnement spécifique de ces « mères / parents inachevés ».

Quand on accompagne une famille, on peut se trouver professionnellement engagé à plus ou moins longue échéance.

La lourdeur du vécu des familles, la persistance de sentiments multiples d’amputation, d’injustice, de culpabilité, le sentiment « d’être hors la vie », sous les décombres, génèrent un besoin de soutien qui peut s’étendre sur un temps très long ou peut resurgir sous des formes inattendues et propres à chacun. Répondre à cette attente nécessite une disponibilité et une grande patience pour accueillir et continuer d’accueillir ce qui vient et revient.

Parler concrètement de cet enfant est une manière, encore une fois, de reconnaître son existence et de le relier à la vie.

N’est-ce pas cela, le sens réel des rituels ?

Voir le corps du fœtus ou du bébé mort si ils le souhaitent, savoir que le personnel soignant a pris soin du bébé, l’a habillé si c’était possible, a pris des photos qu’ils pourront consulter dans le dossier plus tard éventuellement, l’inscrire sur le livret de famille, pouvoir organiser ses funérailles… tout cela permet à la mère, aux parents de faire une place réelle au bébé, de lui donner une identité, de l’inscrire dans une histoire et une filiation, et donc de pouvoir s’en séparer ensuite, et continuer à être dans la vie sans lui.

A contrario, dans une sorte de défense contra-phobique, parce que la mort d’un enfant plonge tout le monde dans l’effroi, le personnel soignant, l’entourage familial, amical proposent une démarche opposée : on dit aux parents qu’il faut oublier, qu’ils auront très vite un autre enfant etc… Et, plus les mères se trouvent confrontées à ces discours et ces comportements, plus elles « s’accrochent » à ce qui leur reste, c’est-à-dire la perte, l’absence, le vide qu’a laissés la mort de leur enfant ; elles risquent ainsi de se figer dans leur traumatisme qui devient leur histoire.

Il apparaît donc indispensable, de pouvoir offrir, à ces mères (et pères et fratrie), la possibilité de moments à effet thérapeutique adapté, afin de les accompagner sur ce difficile chemin de la séparation d’avec leur bébé.

Il est nécessaire, pour ces parents, d’avoir un lieu où l’on puisse évoquer ces « bébés passés sous silence », de rencontrer quelqu’un qui écoute, avec qui on peut aborder ce sujet de la mort prématurée et incompréhensible, sans tabou.

Le recours à un groupe d’étayage par des pairs, confrontés à une même communauté de destin, peut être également une étape.

Qu’il devienne un enfant parti trop tôt, dont on se souvient, et pouvant laisser la place à d’autres enfants, vivants, à venir…

Selon la phrase prêtée à SENEQUE, « la vie, ce n’est pas atttendre que l’orage passe mais apprendre à danser sous la pluie », il est souhaitable ques ses parents trouvent, pour cela, ce qu’il est convenu d’appeler des « tuteurs de résilience (facilitant cette capacité à rebondir y compris dans l’adversité, à ne pas se laisser totalement envahir psychiquement par ce qui fait violence) » et mobilisent leurs propres ressources et compétences trop souvent enfouies.

Les Québécois organisent, chaque année, une marche au cours de laquelle parents, grands-parents, membres de la fratrie ou amis, viennent poser une fleur, une rose en général, dans des vases pour créer ensemble, au fil d’une journée, un bouquet immense en mémoire des bébés décédés pendant une grossesse.

Chaque fleur représente un bébé, on la place soigneusement à un endroit précis.

Elle n’est pas toute seule, elle se trouve parmi tant d’autres fleurs, et les parents se rendent compte qu’ils ne sont pas les derniers à emprunter le chemin particulièrement caillouteux du deuil périnatal.

DE LA CAPTATION DE SON IMAGE ET DE SA DIFFUSION SUR LES RESEAUX SOCIAUX

Chez certains d’entre nous, le besoin de sortir de l’anonymat semble constituer la condition ultime de leur existence.

Dès lors, avide de notoriété, ils placent tout espoir dans la lucarne  « magique » de l’écran.

Ils revendiquent le droit à leur quart d’heure warholien, cherchent à modeler la perception que les autres devraient posséder d’eux.

L’autopromotion de ce qu’ils font / sont découle d’une attitude égotiste.

Comme a pu le développer le sociologue Pierre Bourdieu dans « La dimension critique sociale du jugement », ils sont soucieux de se distinguer dans le cercle social.

Cette quête hédonique illusoire d’un statut qui se voudrait privilégié, ne fait que mêler fierté narcissique et complexe de supériorité.

Mais attention à la surexposition ou « étalage du Moi » qui nuit à l’authentique échange.

QUELLE INDECENCE !

Le 11 août 1944, à Douai, la Mort a frappé la société civile sur les lieux de la vie quotidienne, sur les lieux de l’activité professionnelle (mon grand-père maternel Henri a perdu la vie dans les bureaux de la Gare…) à travers les bombardements.

La Commémoration, contrairement à l’inauguration d’un monument, se doit d’être un acte discret, voire intime.

L’espace mémorialisé, représenté par une stèle, par la sobriété de celle-ci, devrait induire, me semble-t-il, l’adoption d’un comportement adapté, d’une certaine retenue, voire d’une attitude de recueillement.

Mais cet espace même semble avoir été celui duquel sourdent des conduites paradoxales.

Après le discours officiel et convenu, certains (à savoir les nouveaux élus de la Majorité) se comportent comme si l’espace du lieu de mémoire s’apparentait à un terrain ludique où il est bien de prendre la pose pour dire « j’y étais ! ».

Il serait opportun de respecter ce lieu qui, pour certains, fait surgir des souvenirs douloureux, liés à une histoire familiale, aux évènements de l’histoire locale et nationale.

La mémoire, ainsi irrémédiablement figée pour la postérité, transfigurée en rituel d’évocation de l’évènement, sauve de l’oubli mais ne restitue pas le souvenir…

SYSTEMIE ET Cie

« Je ne crois pas que les parents sont cruels et les enfants impuissants ou que les maris sont logiques et les épouses émotives ou que les mères sont sensibles et que les pères ne le sont pas.

Je vois une mosaïque, un puzzle dans lequel chaque soi individuel définit les autres et le tout définit le soi comme un tableau d’ESCHER dans lequel la fin est aussi le début.

Les parties enrichissent le tout et le tout enrichit les parties ».

Salvador MINUCHIN

thérapeute familial argentin

 

« Tout individu est confronté à 2 exigences tout aussi contradictoires que complémentaires, l’exigence d’être stable et celle de changer.

La stabilité qui exclurait tout changement représenterait la mort de l’esprit.

Le changement qui ne ferait pas renaître une stabilité, marquerait la fin de tout esprit ».

Philippe CAILLE

psychiatre, thérapeute de couple et de famille