L’ERRANCE URBAINE

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Certains passants la considèrent parfois avec mépris, agressivité mais la personne Sans Domicile Fixe en a malheureusement l’habitude… d’autres s’adressent à elle avec compassion et pitié mais, de cela, elle ne veut pas.

Lorsque l’alcool, à vertu désinhibitrice ou la colère toujours latente « l’autorise » à exprimer, verbalement, sa rancœur et sa souffrance, elle le fait, le plus souvent, sur un mode offensif, offensant, projectif ou agressif, susceptible d’induire, chez l’interlocuteur, une « violence » réactionnelle qui valide son vécu victimaire, faisant ainsi le lit des potentielles conduites antisociales ultérieures.

Aujourd’hui, contrairement à hier (époque où le personnage du « clochard » renvoyait à un type humain particulier, trouvant un équilibre misanthrope dans sa précarité et son refus agi du monde organisé), peu de personnes Sans Domicile Fixe le sont par choix existentiel et c’est, le plus souvent, une cascade de drames personnels, familiaux et sociaux qui détermine leur marginalisation extrême, illustrée par le manque d’un toit ou le recours aux dispositifs publics de secours, charitables ou solidaires.

Depuis l’hiver 1954, la mort de personnes sans-abri en période de grand froid appelle une mobilisation nourrie des médias.
A partir du milieu des années 1980, cette mobilisation s’est en quelque sorte institutionnalisée dans un cycle qui commence avec les premiers froids, culmine vers Noël et redescend rapidement au printemps.
Progressivement, les drames humains (morts de froid dans la rue ou dans des taudis) sont passés de la rubrique faits divers à la rubrique société et, dès lors, les faits divers sont progressivement devenus des faits sociaux.

Concernant la période hivernale, on peut dégager 3 éléments qui, de manière plus ou moins prononcée selon les années, caractérisent cette couverture médiatique : la situation des personnes Sans Domicile Fixe est très unanimement présentée comme « scandaleuse », « indigne », « intolérable », « insupportable », « inhumaine » ; les articles relaient ou appellent à une mobilisation, dans l’urgence, pour que ce problème, présenté comme une catastrophe aussi bien personnelle que collective, soit pris en charge immédiatement ; enfin les articles relayant les propos de personnalités connues, les propositions et les initiatives des associations, se tournent vers les pouvoirs publics, en premier lieu vers l’État, pour qu’ils prennent des mesures.

Le ton de l’indignation, le constat de l’urgence, l’appel aux pouvoirs publics sont ainsi les 3 éléments que nous pouvons repérer comme typiques de cette couverture médiatique hivernale de la pauvreté.
L’appel à la mobilisation est plus ou moins pressant, plus ou moins critique à l’égard du pouvoir en place.
L’indignation est plus ou moins fortement appuyée.

Des événements comme le froid ou la neige rappellent certes, chaque hiver, que les personnes Sans Domicile Fixe sont dans la rue mais ils doivent exister, pour chacun d’entre nous, tout au long de l’année et nous conduire à les écouter, à trouver réponse à leurs besoins spécifiques…

La personne Sans Domicile Fixe est confrontée à l’absence d’un « sanctuaire » individuel, soit un lieu géométrique dont il possède la clef, considéré comme inviolable.
C’est le lieu, son lieu où elle peut laisser des choses chères, les « choses de la vie ».

Au-delà des carences alimentaires ou hygiéniques qui la minent, c’est ce sanctuaire qui lui manque.

La personne Sans Domicile Fixe est, en permanence, violée dans son intimité et insécurisée dans son espace.
Elle vit dans un état d’insécurité chronique, subie, ce qui correspond au traumatisme vital le plus dévastateur mais qui s’impose à elle.

Pourquoi ne pas mettre, à sa disposition permanente, une consigne individuelle inviolable (munie d’une clef personnelle), ce qui pourrait, pour certains d’entre eux, être un 1er acte libérateur et reconstructeur.

Lui donner ainsi l’occasion d’expérimenter, à nouveau, la possibilité de se séparer provisoirement d’un objet personnel sans risque de le perdre définitivement.

Ce précaire, homme surnuméraire dans notre société où tout se marchande, n’a plus aucune valeur, au sens économique du terme.

Il ne demande rien car il lui manque tout !

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