POUR QUE LE RESPECT DE LA PERSONNE DANS SA DIMENSION PSYCHIQUE SOIT TOUJOURS UN DROIT INALIENABLE

 

Impactés en tant que citoyens français, en première ligne pour observer, analyser et accueillir les effets psychoaffectifs, psychosociaux et psychosomatiques sur le public dont nous prenons soin dans le cadre de nos activités professionnelles, bousculés et malmenés par nos instances dirigeantes, après presque deux ans de gestion de cette « crise Covid-19 », nous, psychologues, avons décidé de partager nos observations, nos interrogations, nos doutes et nos colères entre collègues.

Le constat est sans appel pour le collectif que nous avons constitué. En effet, la situation inédite que nous traversons et les réponses de nos dirigeants sont en opposition totale avec les valeurs et l’éthique que nous défendons quotidiennement dans notre profession.

Nous sommes alarmés par l’impact de cette gestion de crise sur la santé psychique et le bien-être de la population. Bien sûr, personne ne s’attend à ce qu’une crise soit un moment particulièrement heureux et s’il existe des façons d’accompagner sa famille, son clan, son groupe, ses compatriotes, à passer une crise et à en ressortir grandi, il en existe d’autres qui alimentent la crise, affaiblissent et annihilent les capacités psychiques d’adaptation et de résilience.

Les médias de toutes sortes ont déjà détaillé à maintes reprises les difficultés matérielles rencontrées dans la gestion de cette épidémie, ce n’est pas notre champ d’expertise. Nous ne reviendrons pas dessus même si beaucoup d’entre nous assistent impuissants à la dégradation des moyens humains et matériels donnés aux hôpitaux pour soigner les personnes avec la dignité qu’elles méritent et ce, depuis bien avant l’arrivée du virus Sars-cov-2.

Laissons donc de côté l’aspect de destruction du système de santé et concentrons-nous sur la gestion humaine de cette crise et ses effets délétères sur la population, comme les troubles psychiques impactant toutes les classes d’âge, ainsi que toutes les catégories socioprofessionnelles. Dépression, burn-out et stress post-traumatique en sont les maîtres mots. Il ne suffit pas de proposer de rembourser quelques séances de thérapie à des personnes qu’on a angoissées, enfermées, contrôlées et désorientées dans un moment de vulnérabilité extrême pour les réparer en 3 à 10 séances.

Au lieu d’humanité et d’aide soutenante apportées à la population, nous avons repéré l’utilisation de techniques de persuasion, et même de manipulation, issues du management, du marketing et de la technocratie, qui peuvent être qualifiées de perverses, voire cyniquement harceleuses, si jamais elles se révélaient être utilisées à dessein pour poser les jalons d’un régime totalitaire.

Injonctions paradoxales, discours alarmistes s’appuyant sur une énumération de faits ou de statistiques décontextualisés, renversement en son contraire ou inversion des valeurs morales, attaque des besoins primaires (tant sur le plan physiologique, du sentiment de sécurité que du lien social), chantage et menaces, instauration de clivages (en bon/mauvais, vax/antivax, responsables/complotistes, etc.) iniquité des décisions, culpabilisation, aboutissent à l’augmentation de vécus dissociatifs tel que la déréalisation et la dissonance cognitive, résultant de la croyance en des idées ou des valeurs contradictoires, et engendrent un mal-être difficilement surmontable et pathogène.

C’est ainsi qu’en mobilisant principalement les émotions sidérantes comme la peur, la culpabilité et la honte plutôt que les capacités cognitives et intellectuelles des individus, les discours médiatiques et officiels obtiennent l’adhésion à des idéologies et à des comportements auxquels les individus n’adhéreraient probablement pas si seules leurs capacités d’analyse et de discernement étaient sollicitées. Le système actuel entretient une régression vers un fonctionnement infantile, dans lequel le chantage, la peur et l’intrusion perverse permettent d’obtenir l’obéissance.

Nous ne pouvons manquer de repérer aussi, dans les différents aspects de cette gestion de crise, les principes et les mécanismes identifiés par le sociologue Albert D. Biderman pour faire plier psychologiquement un individu.

 

 

 

L’isolement en est la première composante. Il engendre repli et préoccupation excessive centrée sur soi, rupture avec le soutien social permettant de résister et dépendance à l’autorité. Associé à la médiatisation d’une pensée narrative unique considérée comme la seule valable, l’isolement annihile l’esprit critique et accentue la réticence à s’exprimer et à s’interroger, de peur d’être stigmatisé, considéré comme “complotiste” et exclu de son clan familial, amical ou professionnel.

L’isolement physique et psychologique, la confusion, le doute, la peur et la tension permanente que la gestion de cette crise a fait vivre aux Français ont fragilisé leur santé psychique mais aussi leur santé physique. Que penser de ces choix stratégiques qui, pour sauver des vies, en sacrifient tant d’autres par ailleurs ? En effet, parmi les dommages collatéraux des confinements successifs, nous observons dans nos consultations une augmentation des suicides, y compris chez les enfants, des violences intrafamiliales, des pratiques incestueuses, des troubles anxio-dépressifs, des syndromes de glissement massifs dans les Ehpad et les hôpitaux, etc.

Aujourd’hui, le gouvernement rajoute encore à nos concitoyens une épreuve supplémentaire, en choisissant de les diviser par la stigmatisation de la vaccination et de l’obéissance.

Nous n’acceptons pas qu’un schéma vaccinal, à partir de techniques expérimentales aux résultats discutables, puisse être imposé à notre profession et à nos collègues soignants, obligeant ceux qui refusent de s’y soumettre à renoncer à leur métier. En l’état actuel de la loi du 5 août 2021, les psychologues faisant usage du titre, quel que soit leur lieu d’exercice, y compris en libéral et par téléconsultation, perdent leur droit d’exercer et leur rémunération s’ils ne satisfont pas à l’obligation vaccinale.

Nous exigeons l’arrêt immédiat de toutes les formes de pression, de violences économiques, sociales et psychologiques, de chantage et de discriminations exercées sur nous, nos collègues et les concitoyens ne souhaitant pas se faire vacciner. Nous demandons le rétablissement d’une stratégie favorisant le choix et l’implication individuelle et ce, à partir d’une information libre et éclairée.

Nous ne pouvons pas plus cautionner le passe sanitaire ou la diffusion des données biomédicales pour accéder à la vie quotidienne, du fait non seulement de son caractère discriminant et asservissant mais également à cause du manque de respect du secret médical. A ceux qui pourraient nous opposer ici la dangerosité du virus et la prévalence de la santé publique sur l’atteinte aux libertés individuelles, nous répondons que toutes les options de prophylaxie et de traitements ne sont pas étudiées pour nous permettre de vivre avec, en pleine conscience et responsabilité.

Aujourd’hui, les citoyens qui se croyaient protégés par des lois acquises et essentielles à la garantie de leurs libertés et de leur égalité, se retrouvent à nu et en perte de repères dans un monde qu’ils ne reconnaissent plus. Nous avons tous à redouter les conséquences de cette inversion des valeurs que cette nouvelle donne politique érige en modèle sociétal.

Dans ce contexte inédit où les principes fondamentaux de notre code de déontologie sont mis à mal, nous lançons aussi un appel à tous nos collègues psychologues.

N’ayez pas peur de prendre position pour le respect des « libertés et droits fondamentaux garantis par la loi et la Constitution, par les principes généraux du Droit communautaire et par les conventions et traités internationaux.” Restons attachés « à respecter l’autonomie de la personne et en particulier son droit à l’information, sa liberté de jugement et de décision »? Tout ce qui constitue le premier principe du code de déontologie des psychologues parce que : « Le respect de la personne dans sa dimension psychique est un droit inaliénable. Sa reconnaissance fonde l’action des psychologues. »

Nous devons comprendre là qu’il ne peut s’aliéner sous aucun prétexte, ni même aucun régime dit d’exception. En aucun cas un psychologue ne saurait être l’instrument d’un pouvoir qui devient pathologique, malsain, intrusif et traumatique, puisque sa fonction au contraire, c’est bien d’en émanciper les individus.

Engageons-nous ensemble pour le respect de nos choix concernant notre intégrité physique et psychique.

Interrogeons notre posture professionnelle et déontologique en nous demandant comment continuer d’accompagner des personnes vers une meilleure autonomie de pensée si nous sommes nous-mêmes assujettis à une pensée unique ?

Cette question se pose de la même façon que celle concernant la restriction de nos pratiques à des outils ou des méthodes imposées par décret, à la volonté de nous soumettre à l’allégeance à la pensée étatique par un ordre professionnel, ou à celle de la pensée médicale par la paramédicalisation de notre profession, tel que nous le dénoncions en nombre en manifestant le 10 juin dernier.

Comment garder notre propre autonomie de penser et d’agir, en dehors de toute contrainte normative, pour nous-mêmes et pour les personnes que nous accompagnons, d’autant plus lorsque cette dernière est changeante, aléatoire et arbitraire ?

Nous invitons donc tout collègue, tout professionnel du soin et de l’accompagnement et plus largement toute personne se reconnaissant dans ces principes, à nous soutenir, à réagir et à s’organiser.

Copie du Texte publié le 31 août 2021 sur le site Les Lignes Bougent

 

 

 

2021 : LES 100 ANS DU P.C.F. ET DE GEORGES HAGE

C’est la première fois que l’on me demande d’évoquer en public, lors de la Fête des Libertés de ce 10 Juillet 2021 à Saint Quentin, le parcours politique de Georges Hage…

Pas facile…C’est pour moi 50 années de vie partagée dans l’engagement communiste considéré comme seul apte à défendre les intérêts de la classe ouvrière et du petit peuple auquel Geo appartenait.

J’ai accepté parce que nous avons en commun un long compagnonnage idéologique commun, et que je suis heureuse d’inaugurer votre exposition sur les 100 ans du PCF. Comme le parti, né en 1921, Geo aurait eu aussi 100 ans cette année, le 11 septembre.

Syndicaliste enseignant, conseiller général et régional, puis député communiste, réélu constamment pendant 34 ans, Geo était avant tout un homme du Nord. Je me souviens des retours de vacances et de son soulagement à retrouver, la Somme franchie, le paysage des terrils, des corons, le ciel du Nord – pour lui le plus beau- et les parcourir à vélo ! C’est dans ce terreau qu’il puisait les raisons d’essayer de changer la société avec les mineurs, les bateliers, les verriers, les métallos, enseignants et sportifs… avec lesquels il a mené d’innombrables combats.

Adhérent tardif au Parti en 1957, il s’est investi totalement dans la direction de la section de Douai, ses cellules d’entreprises : cheminots, électriciens, enseignants, métallos de chez Arbel puis plus tard de la régie Renault, parachutée là à la place des mines fermées : il disait toujours qu’il ne fallait pas remplacer une mono industrie pour une autre, au risque de se retrouver dans les mêmes difficultés face au patronat…

Les cellules de quartiers quadrillaient toute la ville ; ses faubourgs votaient à 80% pour le PCF d’alors. Et chaque jour, au tournant des années 1960, paraissait dans l’édition douaisienne du quotidien Liberté un billet d’humeur de la section rédigé par Geo et ses camarades : Il s’intitulait : A petits coups de mon piqueur

Adoubé par la Fédé, on lui a proposé des tâches électives. Pas bon signe, disait-il, « je prends la place d’un ouvrier qu’on n’a pas su trouver ». C’est ainsi qu’il a succédé au conseil général à Henri Martel, député mineur qu’on ne présente plus. Henri, galibot à 13 ans, membre du PC dès 1921, à la tête du syndicat des mineurs du Nord, fondateur de l’Internationale syndicale minière, a eu une carrière politique qui l’a conduit –entre licenciements et emprisonnements jusqu’aux mandats de député, de sénateur, et à la vice-présidence du Sénat, avant l’expulsion des communistes du gouvernement, en 1947. La succession était lourde de responsabilités…et Geo n’avait aucun moyen logistique. J’ai le souvenir de levers très matinaux pour taper des délibérations sur la vieille machine à écrire…

Ce fut ensuite le Conseil régional où il a beaucoup travaillé dans le domaine social, pour le sport et la reconnaissance du handicap et de l’autisme en particulier. Il a beaucoup consulté, dans des milieux très divers, allant au-devant des gens.

Et ceci en continuant à exercer son activité professionnelle d’enseignant d’éducation physique, à l’Ecole Normale de Douai, avant de devenir professeur honoraire : quarante ans ou presque d’activité salariée, et tout autant de mandat électif, au terme de sa vie.

Entre temps, les Municipales l’ont trouvé beaucoup moins enthousiaste. Il craignait les fonctions de gestion, source, selon lui, de compromissions… Sans rien laisser paraître, il a sans doute tremblé en son for intérieur l’année où, à 22 voix près, la liste qu’il conduisait, faillit passer à Douai….

Puis arrivèrent les Législatives. En m’annonçant la décision fédérale de le présenter, dans la foulée, il a souhaité notre mariage !!! Cette fois, il s’agissait de succéder à un camarade à la carrure physique et idéologique impressionnante : Arthur Ramette. Arthur fut élu dans la 16e circonscription en 1932, alors qu’il était incarcéré à la prison de Cuincy, suite à des affrontements entre SFIO et PCF… Secrétaire fédéral, membre du Comité central, très actif pendant le Front populaire, il fait partie des dirigeants communistes à avoir rallié l’Union soviétique avec Maurice Thorez, pendant la guerre.

C’est pourquoi Geo a toujours qualifié sa circonscription « d’historique » : une place forte peut-être, mais surtout la nécessité de se montrer digne des camarades et de porter la voix des humbles du bassin minier.

Il a beaucoup travaillé avec Arthur sur le Douaisis. Il admirait ce vieil ours, souvent mal léché, dont la prestance physique n’avait d’égale que la prestance oratoire, personnage historique hors du commun. Comme Arthur n’avait pas de voiture, il fallait le raccompagner chez lui, à Lille, à toute heure du jour et de la nuit.

La première visite à l’Assemblée Nationale en 1973, nous l’avons faite avec Gustave Ansart, secrétaire fédéral du Nord, un ouvrier responsable de la métallurgie qui revenait à l’Assemblée après un court mandat dans les années 1950, au temps des apparentements. Je les revois tous les deux, émus et résolus dans ces lieux impressionnants, faisant des projets pour mieux servir les gens du Nord – avec une conscience aigüe de leurs responsabilités et aussi une conviction : cette fois, le monde allait bien changer.

Pendant 34 ans, Geo a pris le train et le métro pour se rendre à l’Assemblée. Le travail l’a beaucoup intéressé, sur les sujets les plus divers ; il n’était pas toujours là où on l’attendait. Retenons l’éducation physique et le sport –son métier, la prise en charge des personnes handicapées, la défense des mines et de métallurgie, l’habitat minier, la lutte pour Renault et l’imprimerie nationale, la langue des signes, comme la question du harcèlement moral dans les entreprises.

Ce qu’il aimait particulièrement, c’était la préparation des textes législatifs : un travail collectif, avec toutes les structures de réflexion possibles (syndicats, associations, camarades) et des interlocuteurs variés de haut niveau qui argumentaient pour ou contre … Avec ses inséparables crayon de bois et dictionnaire, il cherchait sans fin du mot le plus juste, la citation la plus pertinente : ce fut un ardent militant de la défense de la langue française.

Et ces textes, une fois écrits, il aimait à les défendre à la tribune. Il y resta plus de deux heures en 1987, pour protester contre le projet de privatisation de la régie Renault. Seul Guy Ducoloné fit plus long… Le temps d’alors à l’Assemblée n’était pas limité lors des questions au gouvernement.

En défenseur impénitent du Parlement, il apprécia ses deux mandats de vice-président de l’Assemblée, où certaines de ses saillies oratoires sont restées célèbres.

Et puis la vie au quotidien : les permanences, les rencontres, les inaugurations, avec, toujours, la participation à la vie de la section. Geo aimait les gens, parlait patois, avec une qualité d’écoute, de gentillesse, de recherche de solutions pour répondre aux soucis de chacun… C’était une époque sans portable, sans courriels, on toquait à la porte pour discuter.

En internationaliste convaincu, après la chute du mur de Berlin qui ne l’a pas désarmé, il voyait avec espoir l’Amérique latine se lever de nouveau contre l’oppresseur yankee. Recevant avec joie la médaille de l’Amitié des peuples du gouvernement cubain, il formula que « tout révolutionnaire a 2 patries, la sienne et Cuba ». Et je me souviens aussi de ma surprise en rentrant du travail, en survêtement de prof de gym, un soir, de découvrir dans le jardin, 2 représentants de Papouasie Nouvelle Guinée invités par Geo, qui présidait alors le groupe d’amitié à l’Assemblée.

Il faut en venir à son dernier combat peut-être le plus ingrat : la rupture avec la ligne réformiste du PCF ; pour un léniniste comme lui, partisan de la discipline de parti, ce ne fut pas facile d’en arriver là – devant les errements des gauches qui à force d’être plurielles, finirent par se montrer insignifiantes face au capital.

En votant la motion de censure contre le gouvernement Rocard, il déclarait déjà que « le capitalisme modéré ne saurait être qu’inconscience ou connivence ». Il engageait à cette occasion ses confrères socialistes à « tendre la rose aux travailleurs et au capital le poing ! Et non le contraire ! ». Votant parmi les premiers contre l’élargissement de l’Union européenne aux pays de l’est, il soutint la victoire de classe du non au traité constitutionnel européen, que le bassin minier refusa en bloc avec lui, comme un seul homme.

Ce fut une intense période de lutte pour éviter la disparition totale du Parti, comme ailleurs en Europe. Et autant de nouvelles rencontres, avec vous, avec Henri Alleg avec qui Geo tissa des liens indéfectibles, avec Georges Gastaud entre autres. Beaucoup de fraternité, mais aussi beaucoup d’invectives, de séparations douloureuses…

Des points d’orgue aussi : le meeting de la Mutualité à Paris qui réunit en l’an 2000 environ 1000 camarades de toute la France, une réunion à Somain, cœur de la circonscription avec 250 camarades. L’espoir de voir renaître le Parti avec notre courant qui l’emportait dans le Nord, mais cet espoir fut vite confisqué…

C’est difficile de résumer autant d’activité, et je suis déjà bien trop longue. Jusqu’à la fin de sa vie, Geo n’a jamais quitté le monde du travail, avec toujours chevillé au cœur, un idéal de fraternité.

Un regret : ne pas avoir pu prononcer le discours du doyen de l’Assemblée, terrassé par un malaise juste avant…

Je terminerai en citant quelques mots du discours de son départ : « je voudrais dire à tous les camarades, jeunes ou moins jeunes, qui prennent ou reprennent le flambeau de la lutte des classes qu’ils n’ont aucune raison de rougir du Parti né en 1920 au Congrès de Tours, et d’abandonner l’idéal communiste en rase campagne, au moment même où le talon de fer capitaliste se fait le plus écrasant ; Il y aura, j’en suis convaincu, de beaux matins rouges d’espoir pour ceux qui n’auront pas oublié que le communisme demeure la jeunesse du monde »

C’est à vous qu’il pensait.

Odile

 

L’UN VOCIFERE, L’AUTRE FAUT S’Y FAIRE (ou pas)

Le débat entre les 2 tours pour les Départementales est venu proclamer hautement le plaisir de la tragédie comme l’entendait Racine, haïssable et non moins plaisant, ou, peut-être même, plaisant parce que haïssable.

Après une complicité quand Etéocle était « aux affaires » à côté de Polynice, ils se sont concentrés sur la haine légendaire qui constitue l’unique mobile d’action des 2 « frères ennemis » qu’ils sont devenus.

Ils trouvent, dans cette volonté commune, une entente paradoxale !

Distribuer équitablement les torts entre les 2 frères, sans donner au spectateur, la moindre raison de sympathiser avec l’un aux dépens de l’autre est un devoir tant règne la confusion au jeu des (més)alliances, des mandats…

Soyons vigilants car il arrive que ce qu’on considère subjectivement comme bon, ne l’est pas objectivement !

Polynice mène en tyran et part régulièrement en guerre, ce qui ne tarde pas de le rendre indésirable aux yeux du peuple là où Etéocle monte toujours le menton et n’accepte jamais les idées autres que les siennes mais le peuple le prend pour le « bon roi » !

Qui vit d’illusions meurt de désillusion !

Avez-vous donc, a minima, vérifié si les « beaux discours » énoncés comme étant leurs priorités au niveau du Département, en vue d’obtenir vos voix, sont déclinés à l’échelle de leur Commune respective ?

 

LE MONDE D’APRES

Court-métrage / appel à soutien : Le monde d’après de Gilles Balbastre

https://www.youtube.com/watch?v=Elc0QBwe3E4

Le but de ce court métrage ? Vous donner le ton du documentaire, vous présenter ceux qui nous ont rejoints (techniciens, comédiens, musiciens entre autre le jazzman Laurent Dehors), ainsi que dévoiler le type de saynètes fictionnelles dans lesquelles vous retrouverez les comédien·e·s Corinne Masiero et Jacques Bonnaffé. Pour montrer que nous sommes toujours vivants et plus que jamais en pleine forme pour mordre les mollets de Ceux qui tiennent laisse (après avoir croqué les fesses des Nouveaux chiens de garde).

Vous avez sans doute déjà été informés de la sortie sur le net de ce court métrage, « Le monde d’après ». Mais nous tenions à vous le faire savoir aussi plus directement.

Peut être une image de texte qui dit ’APRÈS LES ESNOVEAUX CHIENS GARDE CEUX QUI TIENNENT LA LAISSE LE NOUVEAU FILM DE GILLES BALBASTRE’

« POURQUOI DES MECS ELUS PAR NOUS POUR FAIRE CE QU’ON VEUT, AU LENDEMAIN DES ELECTIONS, FONT CE QU’ILS VEULENT ? » COLUCHE

Impossible de devoir accepter qu’égoïsme et narcissisme aient pris le pouvoir, que la plupart s’accordent le mérite de leurs succès et rendent responsables les autres de leurs échecs.

Quels arguments seront énoncés, dès ce soir, pour expliquer, voire justifier les scores obtenus ? 

Désormais le « Je » est toujours plus important, plus urgent que le « Tu » ou que « Lui / Elle ».

Quant à celui qui dit « Nous », combien de fois se juge-t-il prioritaire sur ceux qui constituent, avec lui, ce « Nous » ?

Pendant cette campagne, quelle place a été réellement accordée aux suppléants lors du live ? sur les affiches ? …

DU RAPPORT ENTRE LES MOTS DES CANDIDATS ET LES MAUX DE LA SOCIETE

 

BOURDIEU s’étonnait que « l’ordre établi avec ses rapports de domination, ses droits et ses passe droits, ses privilèges et ses injustices » n’incite pas à plus de transgressions mais, aujourd’hui, nombreux sont ceux qui réagissent.

Corinne BECOURT et Gautier DUCOS du P.C.F. de Saint Quentin, candidats aux Départementales, le clament haut et fort « Résister et Riposter »

Fort est de constater qu’aujourd’hui, un consentement aveugle des gouvernés apparaît de moins en moins accordé aux gouvernants.

Mon quotidien professionnel me conduit à découvrir que, ce qui est dit pendant les consultations, à l’échelle de l’intime et de l’individuel devient une réalité sociale collective.

Dès lors, comment être le porte parole de citoyens de plus en plus concernés, qui ne veulent plus faire de concession sur leur ardent besoin d’être entendus et de pouvoir participer à l’organisation de leur vie ?

Comment expliquer que la jeunesse se sent délaissée, vide de projets mais avide de rêves avec le sentiment de n’être qu’une variable d’ajustement ?

Comment accompagner le calvaire des familles dont un enfant, un membre est en souffrance ?

Comment répondre aux besoins d’une santé pour chacun ? …

Tous ces dysfonctionnements sociaux se traduisent par des blessures psychiques !

Le discours économique s’uniformise – libéralisme oblige – et nous avons soif d’entendre parler d’humain alors que nous passons tous par des remises en question identitaires et sociales bouleversantes.

Un tel changement ne pourra se faire qu’avec la participation de ceux qui souhaitent corriger les dérèglements qui bousculent leurs vies.

Les hommes et femmes qui s’en sortent sont ceux et celles qui cherchent à devenir les acteurs de leur existence

Comme a pu l’écrire SENEQUE, «  la vie n’est elle pas une pièce de théâtre. ? Ce qui compte, ce n’est pas qu’elle dure mais qu’elle soit bien jouée ».

En cette période de campagne électorale, certains s’étonnent de la richesse des échanges lors des portes à portes alors que certains d’entre eux sont élus !!!

Quel intérêt véritable portent-ils à leurs concitoyens  hors cette période ?

Il faudra être particulièrement attentif au hiatus entre les promesses de campagne (marquées par des préoccupations soudaines et susceptibles d’être éphémères) et la réalité du mandat.

Préoccupations pour les personnes porteuses de handicap physique, psychique, social mais quels jeux inclusifs prévus pour les enfants dans les espaces dédiés ?

Préoccupations pour l’Hôpital Public alors même qu’e le Président du Conseil de Surveillance du C.H. De Dechy, ne s’est pas opposé à la fermeture de lits !

Préoccupations pour des projets pharaoniques comme les 10 Millions investis pour le Temple de la Pétanque !

Préoccupations pour Amazon et ses emplois non qualifiés, dépourvus de toute dimension sociale : est-ce là la vision de l’emploi industrialisé dans notre département ?

Arrêtez de chercher à nous endormir svp ! Respectez-nous enfin !

L’électeur de ces 20 et 27 juin prochain, va-t-il exprimer sincèrement son idéal (de vie) ou choisir son bulletin en fonction de considérations stratégiques ? Va-t-il voter pour ou contre un candidat (quitte à effectuer un grand écart sur 2 cantons si proches) ? un parti politique ?

Va-t-il pratiquer une navigation à vue ou de façon partisane  ou, hélas, s’abstenir…

En cherchant à déligitimer un adversaire, le candidat construit une opposition qui prend la forme d’un duel et qui relègue les autres candidats à un rôle de figurant réel ou tapi dans l’ombre et combien dangereux !

HOMMAGE D’ODILE HAGE A PHILIPPE NALEWAJEK

Philippe,

Beaucoup d’émotion à l’annonce de ton départ, beaucoup de souvenirs aussi.

Si l’usine ARBEL fait partie du patrimoine douaisien, tu appartiens à l’histoire du syndicalisme douaisien comme à celle du mouvement ouvrier du bassin minier.

C’est d’abord à l’infatigable cégétiste, défenseur des acquis sociaux, des revendications des travailleurs au quotidien – même dans les moments difficiles – que l’on pense.

On se souvient de ta bataille contre la désindustrialisation… de tout le courage et la volonté qu’il a fallu déployer envers et contre tout, pour maintenir l’activité et sauver les emplois dans le Douaisis.

Sans jamais rien céder au défaitisme ambiant.

Tu étais, aussi, un orateur redoutable, qui ne reculait pas devant le rapport de forces : « l’essentiel, ce sont les travailleurs. Isolé, chacun ne mesure pas la force qu’il représente. Rassemblés, ils pourraient déplacer des montagnes ». C’est fort de la conviction que les ouvriers sont au centre de l’entreprise, qu’ils ont un rôle à jouer jusque dans sa gestion, que tu t’es efforcé –avec succès– à toujours rassembler, autour du syndicat.

Souvenir inoubliable : l’arrivée des Arbel, en rangs serrés, tous en bleus de travail, déboulant de la porte de Valenciennes vers la Place d’Armes lors des manifestations…

Combien de combats mémorables avec le patronat, avec les directeurs successifs au cours de ses quelques 40 ans d’activité.

Sans jamais rien céder, tu étais force de propositions pour la politique industrielle, entouré de camarades compétents et solidaires : on pense au métallo Jacques Leclercq, à Bernard Desmarets, entre autres ; aux élus communistes aussi, à Georges Hage, soutenant et relayant les luttes.

Beaucoup d’importance enfin donnée à la formation des militants, intégrant intérimaires et nouveaux salariés.

Et puis, l’aspect plus léger mais symbolique : pour ses 120 ans, en 2016, Arbel-SNWM accueillant en grandes pompes la famille Gayant, réunie autour des travailleurs de l’usine.

Philippe était également responsable de la cellule Ambroise Croizat du Parti communiste.

Salut mon frère, mon camarade.

Odile Hage

25 AVRIL 2021 : JOURNEE NATIONALE DU SOUVENIR DES VICTIMES ET DES HEROS DE LA DEPORTATION

Le peu que nous ait dit mon grand-père paternel – déporté à Dachau – m’apparaît bien plus qu’un témoignage, plutôt comme une parole jamais entendue, un témoignage de l’Histoire autant que de son histoire.

Nous sommes avec lui dans le wagon à bestiaux, dans quelques instants de ce trajet qu’il décrit dans toute sa misère et son horreur : chaque mot est fort.

Il nous livre un éprouvé.

Qu’advient-il d’un être humain après un temps tragique et terrible, unique dans l’histoire ?

Dachau, Dora,Auschwitz… le lieu du grand massacre, un camp d’extermination, de travail où la mort s’industrialise.

Le travail dans les camps, c’est un travail sans utilité autre que celle d’épuiser les déportés

Comme les nazis, avant de massacrer les gens dans la chambre à gaz, leur disaient « Vous allez prendre une douche ! », tout était maquillé et on peut rappeler les maximes hygiénistes telles que celle inscrite à l’entrée du camp d’Auschwitz « Arbeit macht frei».

Avec Hannah ARENDT, nous pouvons parler d’absurdité idéologique et de l’« institution minutieusement programmée d’un monde de mourants où plus rien n’avait de sens ».

Dans les camps, il y avait une mémoire d’avant la déshumanisation.

La 1ère mémoire, c’est d’abord la langue que chacun continue à parler et, ensuite, chacun apprendra à parler la langue de l’autre.

Les écrivains nous ont dit que leur revenait la mémoire de la poésie et de la philosophie, que quelque chose pouvait se constituer en eux, qui restituait ce qu’ils ne voyaient plus d’eux-mêmes, dans ces mémoires qu’ils n’avaient plus.

Cette déshumanisation a pris mille formes d’humiliation et de terreur.

Aujourd’hui, le témoignage, le parlant, signale la place vide.

Le témoin parle pour celui qui n’a pas pu témoigner.

Un sujet parle pour un autre, interdit de parole à jamais.

Jacques LACAN dans le Séminaire sur l’angoisse a expliqué « Pour que la parole puisse avoir lieu, pour qu’elle puisse paraître dans le monde, il faut qu’elle monte sur la scène ».

Un exemple terrible en est donné par la bande dessinée Maus, un survivant raconte d’Art SPIEGELMAN.

L’auteur y raconte la déportation de ses parents, leur retour, leur mal à vivre. Les juifs y sont figurés par des souris, les nazis par des chats, les kapos par des cochons.

Terrible bestiaire ! mais il montre aussi un fils harcelant son père pour qu’il lui raconte sa déportation.

Mettre des mots sur des souffrances passées, sur un vécu douloureux, sur des visions d’horreur, trouver les mots pour rendre compte de l’inimaginable qui a constitué ce crime contre l’humanité, c’est cesser d’être un souffrant passif pour devenir un militant actif de la mémoire et de la défense des droits de l’Homme.

Il me semble que ce que le destin des déportés nous met sous le regard, nous pousse à interroger, c’est cette position du sujet qui se retrouve en face du sadisme primaire en tant qu’il vient de l’Autre !

NOS HEROS SONT EPUISES MAIS TOUJOURS DEBOUT !

Dans une société exaltant l’excellence, la performance, la conception d’un individu auto-entrepreneur de lui-même, le « prendre soin » sans cesse relégué à une place secondaire ne doit pas être perçu comme superflu alors même que, dans une culture de soi et des autres, il est l’une des conditions 1ères d’une démocratie vivante, soucieuse de former des citoyens responsables.

Le « Prenez-soin de vous ! » est devenu ce nouveau slogan s’étant propagé dans le monde aussi vite que la pandémie de Covid-19.

Tout s’accélère, va de plus en plus vite et les technologies nous sont présentées comme étant censées faire des miracles dans tous les domaines, même celui du « prendre soin » grâce aux robots sociaux et conversationnels.

Nous sommes tout de même nombreux à ne pas croire à ces fictions et à dénoncer la déshumanisation qui nous menace chaque jour un peu plus.

Le premier devoir du prendre soin, depuis les soignants, du professeur de médecine à l’aide-soignante, des femmes pour la plupart, jusqu’aux « petits » métiers, aides à domicile, caissières – des femmes encore – éboueurs, livreurs, .. dont l’utilité avait été clairement démontrée, par tous les travaux sur le « CARE » depuis les années 1970.

Sans ces « petits métiers », ces « 1ers de corvée », sans ces humains-là, nous ne pourrions vivre et plus encore les riches que les pauvres obligés quant à eux depuis toujours de subvenir par eux-mêmes à tous leurs besoins.

Sans devoir discuter des raisons sanitaires qui obligent à ce choix – limiter du mieux possible les interactions sociales pour réduire la circulation du virus – il est tout à fait inapproprié, malheureux et néfaste de qualifier les activités culturelles comme « non essentielles ».

Les mots ont leur importance !

Et si le soin semble aujourd’hui avoir une place privilégiée dans la société et dans le monde, il s’agit de la part technique de la médecine, celle qui répare les corps.

La part humaine, relationnelle, du soin continue d’être négligée, elle ne compte pas par exemple dans l’évaluation des activités pour le financement des établissements de santé.

Nul ne s’étonnera que les soignants soient de plus en plus tentés de quitter l’hôpital, navire à la dérive, « Titanic des temps modernes ».

Assignés à la portion la plus congrue de leurs métiers, à une pratique d’actes techniques à la chaîne, taylorisés et prolétarisés, les « héros » sont fatigués et en burn out.

«  Le soin et la démocratie se trouvent soumis à l’épreuve du totalitarisme sanitaire », comme l’écrit Roland GORI.

Faisons le pari que notre belle devise républicaine « Liberté, égalité, fraternité » puisse s’accompagner de cette autre alliance de « la culture, du soin et de la démocratie » !

NOUS AVONS BESOIN DE VOUS !

Le recours aux artistes, là où il s’agit d’éduquer, et plus largement dans le champ social, ne cesse de se développer

Aujourd’hui, loin de se cantonner à l’école et aux lieux éducatifs, l’engagement des artistes dans la société va de l’hôpital à la prison, en passant par le monde ouvrier en grève, les sans-abris, les banlieues et leurs quartiers dit «  sensibles  », et bien d’autres lieux et groupes sociaux, donnant comme une image globale et difractée de notre société, de ses espoirs et de ses problèmes, de ses dynamiques et de ses interrogations, de ses enjeux et de ses fractures.

Sur ce plan, le recours artistique semble bien être une réponse à l’emprise de la technicisation, de la rationalisation et de la marchandisation : il répond à un besoin de rééquilibrage de la culture et du rapport au monde, dans un univers rationalisé et dominé par la technique, un monde désenchanté et vidé de ses dieux comme l’avait déjà analysé Max WEBER.

L’art nous fait ressentir plus profondément ce qui se passe en nous-mêmes ; il est un champ d’expérimentation de notre humanité, et, comme l’écrivait HEGEL, «  nous transporte dans des situations que notre expérience personnelle ne nous fait pas et ne nous fera peut-être jamais connaître ».

Le programme que fixait DEWEY à la philosophie de l’art vaut aussi comme programme d’éducation démocratique.

Il s’agit, écrivait DEWEY, «  de restaurer cette continuité entre ces formes raffinées et plus intenses de l’expérience que sont les œuvres d’art et les événements quotidiens universellement reconnus comme des éléments constitutifs de l’expérience », de « rétablir la continuité entre l’expérience esthétique et les processus normaux de l’existence ».