LE SALE AIR DE LA PEUR

 Aujourd’hui, le risque encouru lié au coronavirus apparaît comme le point de jonction de la peur, de l’anxiété et de l’incertitude.

La peur d’une société donnée, à un moment donné, reste toujours ouvert. A chaque instant peut s’y ajouter une nouveauté surgie de l’histoire, la figure imprévue d’un péril inconnu : ennemis jusqu’alors insoupçonnés, maladies incontrôlables venues d’ailleurs ou apparues sans explication.

L’humanité a été régulièrement confrontée à des épidémies virales de grande envergure ! Peste, choléra, variole, tuberculose, lèpre ou typhus ont frappé les sociétés de manière constante et ont laissé des cicatrices vivantes dans les mémoires collectives.

Des maladies nouvelles apparaissent, des conflits inattendus éclatent. Mais la mémoire collective nous transmet une expérience immémoriale de la maladie et de la guerre. Les cauchemars presque oubliés sont relayés par des figures du présent dès lors que nous craignons toujours pour notre sécurité, notre intégrité ou notre vie…

Un objet de peur collective a donc toujours une forme d’ « ancienneté » du fait de son appartenance catégorielle. Ceci rend disponible des schémas légendaires, des répertoires de réponses… Le rapprochement du sida ou de la syphilis par exemple, au début de l’épidémie, ou l’assimilation d’une crise purement locale à la logique d’une guerre continentale, témoignent clairement dans ce sens.

On assiste au retour d’une forme de « grande peur » pâteuse et protoplasmique, ininscriptible dans quelque horizon métaphysique que ce soit, la « peur pour la vie » : peur de mourir trop tôt, peur de souffrir, peur du chômage, peur du divorce et de l’abandon, peur du terrorisme, peur du sida, peur des jeunes tapageurs, des étrangers pauvres, des accidents de voiture, des changements climatiques, des lendemains qui ne chantent pas … , le tout inextricablement mêlé et composant la musique d’ambiance sinistre qui accompagne la vie triste de tous et chacun.

On relève que toute crise entraînerait la peur et corrélativement que celle-ci induirait une tendance au repli sur soi, un retour à davantage d’individualisme.

On peut s’interroger à ce propos, à des fins de remédiation, quant à la nécessité de redonner une place à la solidarité, au soutien du collectif, aux alternatives pour faire face à la crise.

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