« LE BEAU N’EST PAS BOURGEOIS » – HERBERT MARCUSE –

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« La culture ,c »est la rencontre d’un individu et d’une oeuvre». C’est cette définition que préfère le premier ministre Edouard Philippe dans son livre autobiographique Des hommes qui lisent.

Pourquoi certains individus ne rencontrent-ils jamais d’oeuvre? Qu’est-ce qui empêche cette rencontre? Qu’est-ce qui la favorise?

Vous l’aurez deviné ,la politique culturelle présentée dans le programme de L’Humain d’Abord avait la prétention de favoriser cette rencontre. Mais comment?

En permettant facilement l’accès aux lieux destinés à  ces rencontres grâce à des tarifs peu élevés. Mais ce n’est pas suffisant! Bourdieu a montré que c’était certes nécessaire ,mais il ne suffit pas de baisser les prix pour favoriser cette rencontre. Encore faut-il en avoir envie !Comment aimer ce dont on n’a, parfois, même pas l’idée? Comment considérer ce qui ne nous a jamais » touché »?  Pourquoi le goût des uns est le dégoût des autres? Toujours selon Bourdieu. pas seulement parce que la culture est la culture de la classe dominante selon la rhétorique marxiste. Souvenons -nous que dans son dernier livre, le philosophe Marcuse se livrait à  une critique de l’esthétique marxiste en réaffirmant que le beau n’était pas bourgeois .Par contre le libéralisme s’ingénie fort bien à  nous infliger des désirs qui nous affligent et à  viser parfois très bas. Très difficile de remonter la pente et d’éprouver le moindre intérêt pour une oeuvre un peu plus élaborée et originale.

Mais il y a heureusement des résistances et de nombreux acteurs culturels ont, comme objectif, de toucher un vaste public sans pour autant niveler par le bas.

Je citerai quelques actions à  poursuivre et à développer:

TANDEM proposant un spectacle de théâtre d’ objets (Marée Basse) au public de Frais-Marais ravi (nous y étions) pour une somme modique. Le centre social avait alors bien joué son rôle de médiation et le chapiteau était rempli.

A Dorignies ce fut une conférence sur les danses urbaines dans le monde ,illustrée par une danseuse brésilienne. Là  encore qualité exceptionnelle et  message d’espoir constructif pour notre jeunesse, montrer comment des gestes de violence destructive vont laisser progressivement la place à des « battles » mais de danse urbaine cette fois, aux Etats -Unis et un peu partout dans le monde grâce au net.

Le travail extraordinaire de cette association « Les brigades volantes » dont les membres, éloignés au départ des livres, se livrent à  des performances de lecture dans la rue (fête de la Place Carnot) ,à  la bibliothèque, au musée, devenant ainsi acteurs de leur vie et pas simples consommateurs.

Les membres du conseil de Quartier Carnot-Gare se réunissant pour se pencher sur le passé de la Place et réaliser un travail historique sur des archives pour aboutir à la création d’une exposition .

Les conférences organisées par la bibliothèque municipale avec des écrivains ,journalistes, éditeurs sur des sujets peu abordés jusqu’alors: l’ Histoire de l’Algérie permettant de dialoguer, de débattre et de faire connaître, aux jeunes présents dans la salle, leur histoire, notre histoire.

Autre sujet, les conditions de travail des mineurs marocains employés dans les années 70 sans avoir le même statut que les autres mineurs « mieux protégés » (apr_s de rudes luttes syndicales antérieures). L’écrivain Ricardo Montserrat a recueilli leur parole pour la fixer par l’écriture.

N’espérez pas vous débarrasser des livres , beau titre de Jean-Claude Carrière et d’Umberto Eco qui confirme la place prépondérante du livre dans la transmission de la culture et qui fait de la bibliothèque un lieu public essentiel. Le livre est bien l’objet le plus simple qui soit de rencontre avec une oeuvre. La ville de Douai possède un maillage assez intéressant pour la lecture: Bibliothèque Municipale (avec un service de prêt documentaire gartuit, ce qui devient de plus en plus rare) , de quartier, librairies dynamiques, bouquineries, salons du livre et dernièrement, les boîtes à  livres.

Une politique culturelle de gauche est destinée principalement à  ceux qui n’approchent jamais les livres ou à  ceux auxquels on a imposé qu’un seul livre.

Citons pour terminer le poète René Char : « Bien être d’avoir entrevu scintiller la matière, émotion instantanément reine « .Continuons à  favoriser la recherche de ces scintillements pour éclairer la vie de tous.

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