JE ME VOYAIS DEJA…

 

La sentimentalité réaliste constitue la marque de fabrique Aznavour, son gage d’authenticité.
Liée à la sentimentalité, la nostalgie apparaît comme un trait caractéristique de son œuvre soit le regret d’une chose, d’un temps, d’un état, l’évocation d’un désir insatisfait, voire un état de mélancolie, de tristesse.

Dans la suite de Villon, Du Bellay, Vigny, Nerval, Hugo et Verlaine entre autres…

Chez Aznavour, la nostalgie constitue un véritable leitmotiv esthétique et thématique, s’appuyant sur des détails réalistes et une minutie dans l’expression des sentiments.

La plupart de ses textes sont écrits à la 1ere personne contribuant ainsi à créer l’illusion d’authenticité, l’effet de réalisme se construit grâce à des textes ancrés dans le quotidien, à son jeu d’acteur, à sa voix déchirée, à une musique qui sied au thème presque de façon formulaire.

Il parle d’êtres singuliers et communs, photographiés dans l’instant.

Ses textes s’inscrivent dans la suite des Trente Glorieuses qui valorisent l’individu sur la communauté, celui qui construit sa vie avec les moyens du bord, aussi misérables puissent-ils être !

Existent 3 grands axes de nostalgie chez Aznavour : celle du temps qui passe, normalement associée à la jeunesse perdue, celle du sentimental, de l’amour disparu car foncièrement éphémère, celle de l’avenir qui anticipe et appréhende la fin inéluctable de toute chose ou qui se construit sur le désir d’un ailleurs idéalisé.

Chansons d’amour passionnel, comblé ou contrarié « il faut savoir », des chansons de célébration « Les comédiens » « Les plaisirs démodés », des chansons à thème « Comme ils disent » et surtout des chansons nostalgiques car elles expriment le regret d’un temps, d’une situation ou d’un lieu qui se trouvent ailleurs, éloignés du moment présent.

La fugacité de l’existence et notamment de la jeunesse, est une obsession thématique.
« Hier encore » évoque un sujet tourmenté par la fugacité du temps, regrette sa jeunesse insouciante face à son présent désenchanté.

« La bohème » présente un sujet qui, installé dans le présent, remémore à l’imparfait ses années de jeunesse et constate la disparition de ses illusions, de son génie et de son amour en prenant les accents douloureux de la perte.
Une atmosphère sonore dense, parfaitement coordonnée avec le texte, montrant un sujet dolent et mélancolique puis désabusé, saturé par les regrets et la conscience de l’inéluctabilité du temps.

Nostalgie de l’amour perdu où le sujet regrette son aimée morte « Non je n’ai rien oublié », où la nostalgie se combine à l’espoir « trousse chemise ».
L’ennui, l’incommunication et l’amertume s’imposent face au souvenir des temps heureux.
L’aveu d’un homme récriminant sa femme qui est devenue une mégère peu attirante « Tu te laisses aller » (et, au passage, un sexisme profond).

La nostalgie peut se projeter dans l’avenir non seulement comme un regret anticipé mais aussi comme un désir tout aussi irréel et inassouvissable que le désir de récupérer le temps perdu.
« Je me voyais déjà » parle d’un sujet qui continue à projeter sa pulsion vitale vers un temps qui viendra.. peut-être…

Mais, une des conditions pour devenir une star est la capacité de personnifier, d’incarner certaines idées et certaines valeurs auprès d’un public de masse.

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