Archives de catégorie : Uncategorized

HOMMAGE D’ODILE HAGE A PHILIPPE NALEWAJEK

Philippe,

Beaucoup d’émotion à l’annonce de ton départ, beaucoup de souvenirs aussi.

Si l’usine ARBEL fait partie du patrimoine douaisien, tu appartiens à l’histoire du syndicalisme douaisien comme à celle du mouvement ouvrier du bassin minier.

C’est d’abord à l’infatigable cégétiste, défenseur des acquis sociaux, des revendications des travailleurs au quotidien – même dans les moments difficiles – que l’on pense.

On se souvient de ta bataille contre la désindustrialisation… de tout le courage et la volonté qu’il a fallu déployer envers et contre tout, pour maintenir l’activité et sauver les emplois dans le Douaisis.

Sans jamais rien céder au défaitisme ambiant.

Tu étais, aussi, un orateur redoutable, qui ne reculait pas devant le rapport de forces : « l’essentiel, ce sont les travailleurs. Isolé, chacun ne mesure pas la force qu’il représente. Rassemblés, ils pourraient déplacer des montagnes ». C’est fort de la conviction que les ouvriers sont au centre de l’entreprise, qu’ils ont un rôle à jouer jusque dans sa gestion, que tu t’es efforcé –avec succès– à toujours rassembler, autour du syndicat.

Souvenir inoubliable : l’arrivée des Arbel, en rangs serrés, tous en bleus de travail, déboulant de la porte de Valenciennes vers la Place d’Armes lors des manifestations…

Combien de combats mémorables avec le patronat, avec les directeurs successifs au cours de ses quelques 40 ans d’activité.

Sans jamais rien céder, tu étais force de propositions pour la politique industrielle, entouré de camarades compétents et solidaires : on pense au métallo Jacques Leclercq, à Bernard Desmarets, entre autres ; aux élus communistes aussi, à Georges Hage, soutenant et relayant les luttes.

Beaucoup d’importance enfin donnée à la formation des militants, intégrant intérimaires et nouveaux salariés.

Et puis, l’aspect plus léger mais symbolique : pour ses 120 ans, en 2016, Arbel-SNWM accueillant en grandes pompes la famille Gayant, réunie autour des travailleurs de l’usine.

Philippe était également responsable de la cellule Ambroise Croizat du Parti communiste.

Salut mon frère, mon camarade.

Odile Hage

25 AVRIL 2021 : JOURNEE NATIONALE DU SOUVENIR DES VICTIMES ET DES HEROS DE LA DEPORTATION

Le peu que nous ait dit mon grand-père paternel – déporté à Dachau – m’apparaît bien plus qu’un témoignage, plutôt comme une parole jamais entendue, un témoignage de l’Histoire autant que de son histoire.

Nous sommes avec lui dans le wagon à bestiaux, dans quelques instants de ce trajet qu’il décrit dans toute sa misère et son horreur : chaque mot est fort.

Il nous livre un éprouvé.

Qu’advient-il d’un être humain après un temps tragique et terrible, unique dans l’histoire ?

Dachau, Dora,Auschwitz… le lieu du grand massacre, un camp d’extermination, de travail où la mort s’industrialise.

Le travail dans les camps, c’est un travail sans utilité autre que celle d’épuiser les déportés

Comme les nazis, avant de massacrer les gens dans la chambre à gaz, leur disaient « Vous allez prendre une douche ! », tout était maquillé et on peut rappeler les maximes hygiénistes telles que celle inscrite à l’entrée du camp d’Auschwitz « Arbeit macht frei».

Avec Hannah ARENDT, nous pouvons parler d’absurdité idéologique et de l’« institution minutieusement programmée d’un monde de mourants où plus rien n’avait de sens ».

Dans les camps, il y avait une mémoire d’avant la déshumanisation.

La 1ère mémoire, c’est d’abord la langue que chacun continue à parler et, ensuite, chacun apprendra à parler la langue de l’autre.

Les écrivains nous ont dit que leur revenait la mémoire de la poésie et de la philosophie, que quelque chose pouvait se constituer en eux, qui restituait ce qu’ils ne voyaient plus d’eux-mêmes, dans ces mémoires qu’ils n’avaient plus.

Cette déshumanisation a pris mille formes d’humiliation et de terreur.

Aujourd’hui, le témoignage, le parlant, signale la place vide.

Le témoin parle pour celui qui n’a pas pu témoigner.

Un sujet parle pour un autre, interdit de parole à jamais.

Jacques LACAN dans le Séminaire sur l’angoisse a expliqué « Pour que la parole puisse avoir lieu, pour qu’elle puisse paraître dans le monde, il faut qu’elle monte sur la scène ».

Un exemple terrible en est donné par la bande dessinée Maus, un survivant raconte d’Art SPIEGELMAN.

L’auteur y raconte la déportation de ses parents, leur retour, leur mal à vivre. Les juifs y sont figurés par des souris, les nazis par des chats, les kapos par des cochons.

Terrible bestiaire ! mais il montre aussi un fils harcelant son père pour qu’il lui raconte sa déportation.

Mettre des mots sur des souffrances passées, sur un vécu douloureux, sur des visions d’horreur, trouver les mots pour rendre compte de l’inimaginable qui a constitué ce crime contre l’humanité, c’est cesser d’être un souffrant passif pour devenir un militant actif de la mémoire et de la défense des droits de l’Homme.

Il me semble que ce que le destin des déportés nous met sous le regard, nous pousse à interroger, c’est cette position du sujet qui se retrouve en face du sadisme primaire en tant qu’il vient de l’Autre !

HOMMAGE RENDU, AVEC LE M.R.A.P., A MONSIEUR SAMUEL PATY

Ce vendredi 16 octobre 2020, nous étions sous le choc de l’assassinat qui venait de se produire à la sortie d’un collège et envahis par des émotions multiples et légitimes telles l’effroi, la sidération, la stupéfaction, l’indignation, la colère, la tristesse…

A travers cet acte d’une horreur absolue, il s’est agi de la traduction d’une haine sanguinaire contre l’humanité, contre un enseignant livré à la vindicte de fanatiques, d’intransigeants islamistes.

Comme l’a écrit Louis ARAGON, « certains jours, j’ai rêvé d’une gomme à effacer l’immondice humaine ».

L’urgence tragique du présent tendant à libérer les passions plus qu’à favoriser l’exercice de la raison et la tentation existant de se contenter d’opposer le dogmatisme au fanatisme, un credo prétendu républicain à une religiosité perçue comme dévoyée, nous avons souhaité différer quelque peu cet hommage à Mr Samuël PATY.

Si, ce soir, nous sommes si nombreux, c’est parce que nous avions besoin de nous retrouver, hommes et femmes que nous sommes, les uns avec les autres, de partager un grand moment collectif afin de transformer cet acte tragique, cet acte de barbarie en une pensée, en un mouvement, en une énergie, en une résistance !

Nous ne voulons ni récupération politique, ni stigmatisation d’une communauté cultuelle !

Ces exactions visent à combattre et, à terme, à détruire de l’intérieur, par la violence mais surtout par la peur et la soumission, les institutions démocratiques et républicaines.

Cet acte ravageur se voudrait un message !

En supprimant un enseignant qui offrait, à travers l’échange d’idées, l’accès à l’esprit critique aux enfants et citoyens de demain, en sacrifiant un homme oeuvrant au service de l’Etat.

L’acte frappe une Partie pour atteindre le Tout .

La haine radicale des fanatiques terroristes pour tout ce qui n’est pas eux, les incite « à refuser toute altérité et, donc, tout dialogue ».

La laïcité n’est pas une machine de guerre contre les religions mais une façon d’affirmer les prérogatives de l’État tout en organisant la coexistence pacifiée des diverses croyances ou absence de croyance.

Faire vivre la laïcité, penser qu’elle peut nous aider à résoudre les problèmes actuels, ce n’est pas en faire l’objet d’un discours clos, défensif et incantatoire.

C’est au contraire maintenir la réflexion ouverte, pour qu’elle ne devienne pas un prétexte à excommunications mais le moyen d’une intégration vivante au sein d’un projet républicain qui est sans cesse à réinventer.

Par ailleurs, la liberté d’expression (antérieurement nommée « la libre circulation des pensées et des opinions » dans l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789) est la condition de la liberté de pensée car la pensée ne prend forme que par la communication avec autrui.

L’Ecole n’est autre qu’un creuset du vivre ensemble, un lieu de transmission du savoir, de la connaissance, des Lumières, de la liberté de penser et de mettre en doute.

Jusqu’alors, Mr Samuël PATY était un héros anonyme de l’école publique et, plus largement, des services publics aujourd’hui de plus en plus abandonnés par l’Etat !

Mr Samuël PATY a été assassiné pour avoir porté haut l’exercice du sens critique, participé à la promotion des idées humanistes et ouvert le chemin vers l’émancipation.

Le vivre ensemble naîtra de notre capacité à nous rencontrer avec nos multiples appartenances, pour nous reconnaître d’une même humanité.

Elle se renforcera par notre volonté de nous unir autour d’un même combat pour la dignité.

Pour Amin MAALOUF, « l’Humanité, tout en étant multiple, est d’abord une ».

Par cet acte impensable, indicible, l’éducation autre que familiale que nous avons reçue, que nos enfants reçoivent, a été symboliquement annihilée et nous sommes, aujourd’hui, tous endeuillés !

Je vous invite, à présent, à respecter 1 minute de silence en hommage à Mr Samuël PATY, martyr dans sa mission républicaine !