25 AVRIL 2021 : JOURNEE NATIONALE DU SOUVENIR DES VICTIMES ET DES HEROS DE LA DEPORTATION

Le peu que nous ait dit mon grand-père paternel – déporté à Dachau – m’apparaît bien plus qu’un témoignage, plutôt comme une parole jamais entendue, un témoignage de l’Histoire autant que de son histoire.

Nous sommes avec lui dans le wagon à bestiaux, dans quelques instants de ce trajet qu’il décrit dans toute sa misère et son horreur : chaque mot est fort.

Il nous livre un éprouvé.

Qu’advient-il d’un être humain après un temps tragique et terrible, unique dans l’histoire ?

Dachau, Dora,Auschwitz… le lieu du grand massacre, un camp d’extermination, de travail où la mort s’industrialise.

Le travail dans les camps, c’est un travail sans utilité autre que celle d’épuiser les déportés

Comme les nazis, avant de massacrer les gens dans la chambre à gaz, leur disaient « Vous allez prendre une douche ! », tout était maquillé et on peut rappeler les maximes hygiénistes telles que celle inscrite à l’entrée du camp d’Auschwitz « Arbeit macht frei».

Avec Hannah ARENDT, nous pouvons parler d’absurdité idéologique et de l’« institution minutieusement programmée d’un monde de mourants où plus rien n’avait de sens ».

Dans les camps, il y avait une mémoire d’avant la déshumanisation.

La 1ère mémoire, c’est d’abord la langue que chacun continue à parler et, ensuite, chacun apprendra à parler la langue de l’autre.

Les écrivains nous ont dit que leur revenait la mémoire de la poésie et de la philosophie, que quelque chose pouvait se constituer en eux, qui restituait ce qu’ils ne voyaient plus d’eux-mêmes, dans ces mémoires qu’ils n’avaient plus.

Cette déshumanisation a pris mille formes d’humiliation et de terreur.

Aujourd’hui, le témoignage, le parlant, signale la place vide.

Le témoin parle pour celui qui n’a pas pu témoigner.

Un sujet parle pour un autre, interdit de parole à jamais.

Jacques LACAN dans le Séminaire sur l’angoisse a expliqué « Pour que la parole puisse avoir lieu, pour qu’elle puisse paraître dans le monde, il faut qu’elle monte sur la scène ».

Un exemple terrible en est donné par la bande dessinée Maus, un survivant raconte d’Art SPIEGELMAN.

L’auteur y raconte la déportation de ses parents, leur retour, leur mal à vivre. Les juifs y sont figurés par des souris, les nazis par des chats, les kapos par des cochons.

Terrible bestiaire ! mais il montre aussi un fils harcelant son père pour qu’il lui raconte sa déportation.

Mettre des mots sur des souffrances passées, sur un vécu douloureux, sur des visions d’horreur, trouver les mots pour rendre compte de l’inimaginable qui a constitué ce crime contre l’humanité, c’est cesser d’être un souffrant passif pour devenir un militant actif de la mémoire et de la défense des droits de l’Homme.

Il me semble que ce que le destin des déportés nous met sous le regard, nous pousse à interroger, c’est cette position du sujet qui se retrouve en face du sadisme primaire en tant qu’il vient de l’Autre !

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