Archives mensuelles : novembre 2018

GILETS JAUNES DE FRAIS MARAIS ET D’AILLEURS

Une habitante de Frais Marais, vivant seule, m’explique qu’elle maîtrise à grand peine son budget. Deux impératifs bien difficiles à tenir au jour le jour: pas de découvert, ni de factures impayées. Le « reste à vivre », si l’on peut dire, ne lui permet pas, dans ces conditions, d’avoir plus de 0,79 centimes d’euros à dépenser à chaque repas.

Dans ce quartier populaire, qui se caractérise comme tant d’autres, en milieu urbain comme en milieu rural, par la désertification des services publics et des commerces, le besoin de transport public apparaît primordial. Où est le prétendu « droit à la mobilité », quand les transports collectifs assurent un service absolument minimum ? – « Frais Marais n’est pas rentable », répond le SMTD-.

Dès lors, la revendication des Gilets jaunes des « baisses des prix à la pompe » n’a rien de maximaliste ou de déplacé… Est-ce aux seuls salariés les plus pauvres de payer pour la cause commune de l’écologie ? Triple et sinistre hypocrisie du pouvoir : est-ce aux classes populaires, désignées devant l’opinion comme « coupables » de polluer, de payer ces taxes qui ne sont d’ailleurs que très marginalement affectées à l’écologie ? -elles enrichissent les grandes entreprises et les actionnaires via le CICE-. Et c’est aussi à ces travailleurs et à ces familles que l’on demande comme une évidence de monter dans des « cars Macron », qui ne passent pas dans leurs quartiers… Le TGV ? pas pour eux, plus à Douai.

Nous partageons leur colère, légitime. À leur égard, la population qui souffre d’un pouvoir d’achat en berne, ne s’y trompe pas, elle non plus. Sous le joug des traités européens et du diktat de l’euro, les salaires sont écrasés par les profits depuis trente ans, alors que les prix produits de première nécessité ne faiblissent pas, et que des impôts indirects (les plus injustes) se surajoutent tous les jours à un paysage fiscal qui commence à ressembler à celui de l’Ancien Régime. Et ce, tandis que le patron de la multinationale Renault-Nissan-Mitsubishi – quel symbole ! – n’en finit pas de se gaver et de planquer son fric !

Cette colère, c’est aussi celle des personnels hospitaliers, des enseignants, des cheminots, des ouvriers de la sidérurgie, des salariés précaires, des étudiants, des retraités qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts : c’est toute la France du travail qui vit à l’euro près, tandis que les plus riches et les banques privées défiscalisent à tour de bras !

Ce ras-le-bol contre les inégalités, les injustices et le mépris doit déboucher sur un véritable partage des richesses. Où le « reste à vivre » permette bel et bien de vivre, tout simplement, pour le prix de son travail, et dignement, pour l’avenir de ses enfants. La vie, elle, n’attend pas. Pas de suspension de 6 mois -jusqu’aux élections européennes -, alors que l’abandon de l’ISF a lui été immédiat : de la justice, tout de suite, dans les impôts, des services publics pour tous, et avant tout, des salaires décents. Seule la rue fera descendre « Jupiter » Macron de son piédestal !

Rouges de colère, Jaunes sur les routes et dans la nuit de la misère, tous unis contre la vie (trop) chère !

L’HUMAIN D’ABORD

 

De fin 1980 à nos jours, a pu être constatée une extension hyperbolique d’un modèle entreprenarial appliqué au sujet humain.

Les propos récurrents laissent entendre, par exemple, que l’on doit « gérer… son deuil… ».

Tout traduit l’émergence de symptômes liés à une colonisation des esprits par un libéralisme financier appliqué, de plus en plus fréquemment, à l’ensemble des problèmes humains.

Ainsi, l’acte d’enseigner ne repose plus sur le souci de la transmission mais sur la meilleure façon de préformater un élève pour être le mieux placé dans les scores et faire monter d’un cran le Lycée d’appartenance dans la hiérarchie des palmarès.

De même, l’acte journalistique se résume à appâter le spectateur – consommateur d’informations et à contribuer à amplifier l’audimat.

La finalité de l’accompagnement humain se perd au profit d’une quantification et d’une procédure de plus en plus conformiste.

EN PHASE … EMPHASE

 

Un crayon en main, enfants puis ados, nous pouvions nous amuser à comptabiliser les stéréotypies verbales et/ou gestuelles de certains de nos enseignants à travers l’apposition de croix ou autres symboles sur notre feuille.

Aujourd’hui, devenus adultes et conseillers communautaires, nous pourrions agir de même avec l’expression « en phase » si souvent énoncée !

La subordination à l’ordre intercommunautaire est, certes, implicite, détournée, voire niée mais se réalise avec une efficacité d’autant plus grande qu’elle s’appuie sur des instruments apparemment neutres (comptabilité) et mettant en scène, de façon objective (chiffres, graphiques…), des normes de légitimité revendiquées au sein de l’espace politique intercommunal, affichant le « consensus » ou la déconflictualisation des rapports de force : coopération et collaboration de tous, solidarité et entente entre tous.

Dans cette interdépendance, dans cette économie du don et contre – don, la plupart perdent une grande partie de leur autonomie, de leur singularité politiques, voient leurs possibilités d’évoquer, d’imposer leurs points de vue et orientations politiques bien amoindries.

S’agit-il d’une expérience réellement délibérative ?

Différents indices l’infirment : un débat contrôlé en amont, une confusion entre dispositif délibératif et démocratie participative de même qu’entre démocratisation et démocratie.

Réalité, travestissement ou exagération de celle-ci ?

Je m’en arrête là car, comme l’a écrit LA BRUYERE, « les plus grandes choses n’ont besoin que d’être dites simplement, elles se gâtent par emphase ».