Archives mensuelles : novembre 2015

LA VIOLENCE FAITE AUX FEMMES … ET AUX ENFANTS …

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La violence au sein du couple a des effets dévastateurs pour les femmes qui en sont victimes mais on ne perçoit trop souvent que l’aspect le plus visible du phénomène, à savoir la violence physique, alors que ce qui constitue la violence, c’est un mode de relation basé sur le contrôle et la domination.

La peur est un des moteurs de cette maltraitance, ce qui paraît évident dans le cas de la violence physique, même si ce n’est pas toujours conscient chez la victime. Mais la peur est là bien avant, à tous les stades de la violence psychologique, c’est même un élément essentiel qui permet la mise sous emprise.

On ne peut pas parler de violence physique sans parler de violence psychologique car il existe un continuum entre les deux. Quand un homme frappe sa femme, son but n’est pas de lui mettre un œil au beurre noir mais de lui faire peur afin de la soumettre et de garder le pouvoir.

 

La plupart du temps, les femmes ne mesurent la violence qu’en fonction de la douleur ressentie et de l’intentionnalité.

 

 

Le cycle de la violence conjugale

 

 

On décrit classiquement 4 phases :

  • 1° une phase de tension, d’irritabilité de l’homme, liée, selon lui, à des soucis ou des difficultés de la vie quotidienne.
  • Pendant cette phase, la violence n’est pas exprimée directement mais elle transparaît de façon indirecte
  • 2 ° une phase d’agression où l’homme donne l’impression de perdre le contrôle de lui-même. Ce sont alors des cris, des insultes et des menaces, il peut aussi casser des objets avant de passer à la violence physique.
  • Les hommes parlent souvent de l’éclatement de la violence comme d’un soulagement, d’une libération d’énergie négative accumulée et, à ce stade, c’est parce qu’elle a peur que la femme ne réagit pas
  • 3° une phase d’excuses, de contrition, où l’homme cherche à annuler ou à minimiser son comportement. Il l’explique par des motifs extérieurs (colère, alcool ou surcharge de travail) ou par l’attitude de la femme qui l’a provoqué
  • 4 ° une phase de réconciliation, appelée aussi phase de « lune de miel », l’homme adopte alors une attitude agréable, il est soudainement attentif, prévenant. Il se montre même amoureux et fait des efforts pour rassurer sa femme.

 

Lorsque la violence est installée, les cycles se répètent dans une spirale qui va en s’accélérant dans le temps et avec une intensité croissante. Au fur et à mesure, la période de rémission se raccourcit et le seuil de tolérance de la femme augmente. Elle finit par trouver cette violence normale, voire justifiée.

 

Chez l’homme, il y a une sorte d’addiction à ce comportement, il ne sait plus soulager sa tension interne autrement que par la violence. Lorsque ce cycle est initié, il ne peut être interrompu que par l’homme lui-même. Quelle que soit son attitude, la femme n’a aucun moyen de l’arrêter.

 

Dans la violence cyclique, l’alternance de phases d’agressions suivies d’accalmies, ou même de réconciliation, crée un système punition-récompense.

A chaque fois que l’homme violent est allé trop loin, et que la femme pourrait avoir la tentation de partir, elle est « raccrochée » par un peu de gentillesse ou d’attention.

Induisant une confusion entre amour et sexualité, l’homme cherche une réconciliation sur l’oreiller. En même temps, il la dévalorise et elle perd confiance en elle ; il l’infantilise : « Que ferais-tu sans moi ? » et, au bout d’un moment, elle est persuadée que, sans lui, elle n’y arriverait pas.

 

 

Emprise et Conditionnement

 

Le phénomène d’emprise peut être renforcé par des stéréotypes culturels à tonalité machiste et misogyne

 

La violence commence bien avant les bousculades et les coups.

Les agressions physiques sont introduites par des micro-violences, une série de paroles de disqualification, de petites attaques verbales ou non verbales qui se transforment en harcèlement moral et diminuent leur résistance et les empêchent de réagir.

Petit à petit, les femmes vont perdre tout esprit critique et vont « s’habituer ».

 

Progressivement, de certains gestes ou attitudes, dont on n’est pas sûr qu’ils soient violents, on va passer à une violence identifiable, et la femme qui la subit va continuer à considérer tout cela comme normal. Beaucoup de femmes violentées ne savent pas qu’elles le sont, et on pourrait dire que la violence n’existe pas tant qu’elle n’est pas nommée.

 

Leur estime de soi diminue, elles perdent toute assurance, deviennent plus fragiles et plus vulnérables. Vivant dans un climat de tension continuelle, elles augmentent également leur seuil de tolérance parce qu’elles doutent de plus en plus de leurs propres émotions et de leur compréhension de la situation.

 

Dès le début de la relation abusive, la peur est là, mais en raison de la mise sous emprise les femmes n’en sont pas toujours conscientes

 

L’homme violent neutralise le désir de sa partenaire, réduit ou annule son altérité, ses différences, pour la transformer en objet.

Il s’attaque à sa pensée, induit le doute sur ce qu’elle dit, pense, ou ressent, et en même temps fait en sorte que l’entourage cautionne cette disqualification.

Cela empêche la femme de se révolter contre l’abus qu’elle subit, la rend obéissante, et l’amène à protéger son agresseur et à l’absoudre de toute violence.

 

La violence psychologique est constituée de paroles ou de gestes qui ont pour but de déstabiliser ou de blesser l’autre, mais aussi de le soumettre, de le contrôler, de façon à garder une position de supériorité.

 

L’agresseur a recours à divers mécanismes comme :

 

Attaquer l’identité : pour ôter toute capacité de résistance de la femme sans qu’elle en ait conscience, il faut casser son estime de soi. Cela se fait par des attitudes dédaigneuses et des propos méprisants, en lui montrant qu’elle ne vaut rien, qu’elle n’a aucune valeur.

 

Isoler : pour que la violence puisse se perpétuer, il faut isoler progressivement la femme de sa famille, de ses amis, l’empêcher de travailler, d’avoir une vie sociale. En isolant sa femme, l’homme fait en sorte que sa vie soit uniquement tournée vers lui, il a besoin qu’elle s’occupe de lui, qu’elle ne pense qu’à lui. En même temps, il s’assure qu’elle ne soit pas trop indépendante pour ne pas qu’elle échappe à son contrôle.

 

Frustrer : C’est créer intentionnellement une situation de manque et de frustration ou ne pas répondre à ses attentes et la maintenir en insécurité. C’est refuser de lui parler, refuser de sortir avec elle, de l’accompagner aux fêtes de famille. C’est se montrer insensible et inattentif, ignorer ses besoins.

Un certain nombre de procédés de violence psychologique sont simplement destinés à faire peur

 

Intimider  : claquer les portes, briser des objets pour manifester sa mauvaise humeur. C’est aussi afficher son hostilité, jouer ostensiblement avec un couteau, conduire dangereusement. C’est terroriser sa partenaire par des agressions indirectes, par exemple en brutalisant l’animal de compagnie.

 

– Contrôler: pour s’assurer que la femme ne soit pas trop indépendante, il faut la surveiller, contrôler ses heures de sommeil, ses heures des repas, ses dépenses, ses relations sociales et même ses pensées, regarder ses messages sur son téléphone, fouiller son sac, vérifier ses passages sur Internet. Le contrôle peut se situer dans le registre de la jalousie ; c’est la suspicion constante et l’attribution d’intention non fondée au comportement de la femme.

 

Harceler  : c’est répéter la même chose jusqu’à ce que la personne, épuisée, finisse par céder. Ce sont des discussions sans fin pour lui faire avouer quelque chose. C’est la surveiller dans la rue, au téléphone…

 

Menacer: ce peut être d’enlever les enfants, de priver d’argent, de frapper. L’anticipation d’un coup fait autant de mal pour le psychisme que le coup réellement porté. C’est suggérer qu’il y aura des représailles sur l’entourage si la femme n’agit pas dans le sens attendu.

 

Effectuer un chantage au suicide constitue une violence extrêmement grave car il conduit la partenaire à endosser la responsabilité de la violence. L’homme peut utiliser des manœuvres de rétorsion consistant à dire que si les choses se passent mal, c’est parce que la femme a tenté de se défendre.

 

Inverser la culpabilité est une conséquence directe de la manipulation et du chantage

Les femmes pensent que si le partenaire est violent c’est parce qu’elles n’ont pas su le combler, qu’elles n’ont pas su s’y prendre avec lui ou qu’elles ont eu un comportement inadapté.

Elles sont rendues responsables des difficultés du couple. C’est ainsi que lorsque les femmes vont au commissariat pour dénoncer la violence, elles ont l’impression d’être elles-mêmes violentes.

Les hommes renforcent leur culpabilisation lorsque la femme menace de partir. Elles sont alors accusées de vouloir les détruire, et cela est renforcé par le chantage au suicide.

Le partenaire leur injecte la culpabilité qu’il n’éprouve pas. En fait, l’inversion de la culpabilité se met en place parce que la victime ne réussit pas à faire le reproche de ce qu’elle subit à son agresseur. Les fautes qui n’ont pas été reprochées sont « portées » par les victimes, à défaut d’être reconnues par leur auteur.

 

Ces procédés amènent la femme à être sur le qui-vive, mais très souvent la peur est intériorisée ; la femme ne dit pas qu’elle a peur de son compagnon, elle se reproche d’avoir un comportement inadapté, de commettre des fautes qui irritent le partenaire.

 

Quand le processus est lancé, contrairement à ce que pensent les 2 partenaires, il n’y a aucun espoir qu’il soit modifié par plus de tolérance ou de gentillesse de la part de la femme, bien au contraire.

 

En réactivant chez la femme des images d’isolement, de solitude, on ravive chez elle des peurs ancestrales. L’agresseur a pénétré son territoire psychique, il a brouillé ses limites, a colonisé son esprit. Il pense en elle. C’est comme si elle hébergeait un Alien à l’intérieur de soi.

 

A ce stade, la peur a bloqué la femme, l’empêche de prendre conscience de sa situation et de réagir.

Parce qu’elles sont dans une situation sans issue, que tous leurs efforts pour améliorer la situation sont vains, et surtout que les agressions sont imprévisibles, les femmes victimes de violence deviennent passives.

Elles n’arrivent même pas à imaginer comment elles pourraient changer cette situation et ne se sentent pas capables de le faire.

C’est le phénomène d’impuissance apprise

 

L’anticipation est impossible et les femmes sont dans un état de vigilance permanent. Cela entraîne chez elles un manque de réactivité, une diminution de leur capacité à trouver une solution, et un sentiment d’incompétence, de vulnérabilité ou de dépression lié au traumatisme émotionnel.

 

Alors qu’il paraîtrait logique de penser que plus une agression est grave, plus la femme a envie de partir, il apparaît au contraire que plus la maltraitance a été fréquente et grave, et moins la femme a les moyens psychologiques de partir.

 

Par un phénomène de dissociation, la victime devient observateur extérieur de l’agression qu’elle subit. C’est pour elle un moyen efficace de survie, pour ne pas perdre la raison. C’est une stratégie passive de défense contre la peur, lorsqu’il n’y a aucune issue possible.

 

Il est reconnu que l’on peut briser un prisonnier avec des privations émotionnelles et de l’isolement alternant avec des séances d’humiliation et de torture.

 

la soumission apparente des femmes à leur conjoint violent ne doit pas être considérée uniquement comme un symptôme mais aussi comme une stratégie d’adaptation et de survie.

La peur les rend prudentes, elles savent bien au fond d’elles que l’opposition frontale à un homme violent peut augmenter gravement sa violence, alors elles essaient de le calmer, de le satisfaire, de lui convenir afin d’éviter que les choses empirent.

 

Quand les violences sont de basse intensité et surviennent à un moment inattendu, comme dans le cas des micro-violences, il se produit une réaction de surprise et d’incrédulité

Quand les violences sont habituelles et de basse intensité, il y a une sorte d’anesthésie de la personne qui s’habitue à être humiliée et écrasée. C’est ce qui se produit dans la violence perverse où les attaques ne sont pas reconnues au départ comme des agressions et où la peur n’est pas reconnue comme telle ;

Quand les violences sont de forte intensité et inattendues, elles déclenchent d’abord une réaction d’alerte qui peut être défensive ou offensive, qui peut amener la personne soit à fuir en état d’angoisse, soit à affronter avec rage ;

Quand la violence est extrême et présente un risque mortel, comme cela peut se produire face à un état de rage consécutif à la prise d’alcool ou de drogue chez un psychopathe, on peut voir une altération de la conscience, un état de désorientation et une paralysie des réactions.

Au fond, lorsque la peur est intériorisée, il n’y a plus de réaction apparente.

Les troubles psychosomatiques sont fréquents, car ce qui ne peut pas être parlé s’exprime avec le corps. Ce sont des douleurs chroniques, des céphalées, des lombalgies, de l’asthénie, des palpitations, des difficultés à respirer,

 

Le fait de ne pas réussir à exprimer leur colère face à la violence verbale et psychologique qu’elles subissent ne fait qu’exacerber leur anxiété. Mais elles risquent aussi de retourner cette colère contre elles-mêmes dans de l’automutilation ou des tentatives de suicide, ou de se déprimer. Les dépressions frappent plus de la moitié des femmes victimes de violences conjugales

 

Chez un sujet violent, existent différentes caractéristiques présentes

– la dimension immaturo-névrotique (doute et manque de confiance en soi surcompensée par pression et violence sur autrui)

– rigidité et égocentrisme (excédent d’investissement du rapport à soi) avec tonalité paranoïaque (susceptibilité, méfiance, vécu de persécution, tendance à interprétation) ou perverse (mégalomanie infantile persistante)

– Impulsivité (irritablité)

– aspect cyclothymique (fluctuation de l’humeur) 

On reproche aux femmes victimes de violence de ne pas réagir, d’être trop soumises, mais en réalité elles ne font que développer des stratégies d’adaptation pour limiter la violence du partenaire et préserver le couple et la famille.

Si elles tardent tant à partir, c’est qu’elles ont peur !

 

C’est à nous, soignants, de les aider à se dégager de l’emprise qui les paralyse et, pour cela, il est essentiel de tenir compte de tous les aspects de la violence, et pas simplement de la violence physique.

La dispute des Parents frappent de plein fouet les Enfants qui ne sont pas « outillés » pour élaborer la violence, prendre de la distance et le conflit s’imprime en eux telle une trace traumatique.

 

Cependant, si cela reste au stade d’une dispute, soit d’une discussion un peu vive, l’Enfant est alors confronté au fait que ses parents ne sont pas les mêmes, que chacun a à tenir compte des limites de l’Autre, doit renoncer à son omnipotence.

 

A contrario, si les disputes sont répétitives et deviennent un scénario dans lequel le couple s’enlise, énonçant toujours les mêmes arguments, témoignant toujours de la même incompréhension, l’Enfant est alors confronté à l’impuissance face à la perte d’espoir dans l’évolution des conflits.

 

Participation de l’enfant aux violences conjugales

 

 

La « danse relationnelle » ne se conjugue pas à 2 – l’auteur et la victime – mais à 3, 4 ou plus, c’est-à-dire avec les enfants.

Ces derniers vont être poussés à entrer dans « la danse » et à se ranger du côté de l’un ou de l’autre.

Ils auront à « choisir leur camp », chacun dans la fratrie à sa façon, en fonction de son âge, de son rang, de son histoire singulière, de la place qu’il occupe auprès de l’un ou l’autre et/ou de celle que lui font occuper ses parents.

 

Dans un 1er temps, l’enfant restera spectateur des violences, confronté à la peur qui survient quand il voit son père en furie et sa mère agressée, voire blessée.

Dans ces moments là, l’enfant est considéré comme un objet.

 

Soit les actes violents ont lieu en sa présence sans que cela ne change rien car on agit comme s’il n’était pas là ou comme s’il n’était pas autre chose qu’un objet parmi d’autres dans la maison ; le spectacle des violences lui est infligé sans aucun égard ni aucune protection.

 

Soit, au moment où les actes violents sont prévisibles (notion de rituel), on le déplace vers une autre pièce d’où il entend sans voir.

Les enfants (et les adultes) savent et disent que ces moments-là sont encore plus pénibles à vivre ; en effet, ils en sont réduits d’abord à anticiper l’angoisse et la peur pendant les « préparatifs » du rituel, et par la suite, à se créer des images qui accompagnent les bruits et les cris.

L’un des effets classiques du rituel est d’induire une réaction défensive d’adaptation à la situation : l’enfant sait reconnaître les étapes successives de l’épisode violent. Il « oublie » que les bruits et les cris correspondent à une souffrance exprimée par des êtres humains (ses parents) et focalise son attention sur l’attente de la dernière étape du processus qui le délivrera de sa propre souffrance.

 

Dans un 2nd temps, si les violences conjugales se poursuivent, l’enfant qui grandit aura tendance à construire une représentation de la situation qui fasse sens pour lui.

N’étant pas informé des tenants et aboutissants de chaque parent, il applique à la situation une vision simplificatrice manichéenne qui lui fait choisir un camp, et le pousse à entrer dans le jeu aux côtés de celui ou celle qui lui paraît en position de faiblesse, de victime. Il apprend alors qu’il peut se comporter différemment selon la personne à laquelle il s’adresse.

Poursuivant sa conduite hyperadaptative défensive, il modifie à volonté les traits de son caractère et ses comportements, ceci le mettant à la merci des 2 protagonistes.

Le parent victime aura tendance à s’appuyer sur lui, négligeant son rôle parental pour faire de l’enfant son confident et le réceptacle de ses plaintes, le submergeant émotionnellement et le plaçant dans un angoissant conflit de loyauté.

Le parent agresseur aura tendance à reporter sur l’enfant déloyal à son égard, les violences destinées en première intention à son conjoint.

 

Le 3ème temps est celui de l’entrée active de l’enfant dans le jeu.

Maintenant qu’il a donné du sens aux interactions parentales et aux attaques violentes entre eux, il ne veut plus être spectateur mais acteur.

Le conflit conjugal s’est chronicisé, organisant du même coup les interactions familiales au sein desquelles l’enfant joue son rôle et y tient pour exister, malgré le désintérêt manifeste des parents à son égard, trop occupés qu’ils sont à leur propre relation.

L’apprentissage de l’utilisation des violences comme outil de règlement des conflits commence alors à se manifester : l’enfant devient irritable et anxieux, distrait en classe. Il agresse ses camarades aussi bien que sa fratrie.

On note que, de manière paradoxale, il s’identifie en actes à l’adulte dont il réprouve en paroles les actes violents. Cette attitude nouvelle prétend montrer au parent agresseur la réprobation de l’enfant en même temps qu’elle tend à stimuler par l’exemple le parent victime et à lui montrer son soutien actif.

Dans les cas les plus dramatiques, on peut en arriver au parricide.

 

L’étape ultime de ce conflit sans issue est l’instrumentalisation des réponses de l’enfant, et ceci quel que soit son âge.

En effet, à ce stade, les comportements de l’enfant sont tels que sa rage et ses débordements paraissent, aux yeux des observateurs, totalement déconnectés du contexte des violences conjugales.

Certains intervenants auraient alors tendance à les attribuer à des composantes structurelles intrapsychiques de l’enfant ou à une période de son cycle de développement (« c’est normal chez un adolescent… »).

 

 

Conséquences des violences conjugales sur la santé des enfants

 

Lorsqu’un individu est soumis à une agression ou à une menace, il y répond immédiatement par une réaction désignée sous le nom de stress.

 

Louis Crocq (1999) définit le stress comme « la réaction immédiate, biologique, physiologique et psychologique d’alarme, de mobilisation et de défense de l’individu face à une agression ou à une menace » et ajoute « c’est une réaction éphémère ; elle est a priori utile et salvatrice, et aboutit généralement au choix et à l’exécution d’une solution adaptative.

Elle se déroule dans un climat de tension psychique exceptionnel et s’achève par le relâchement de cette tension, avec une sensation mitigée de soulagement et d’épuisement physique et mental.

Elle n’est pas pathologique, quoique grevée de symptômes gênants ; mais trop intense, répétée à de courts intervalles ou prolongée à l’excès, elle se mue en réaction pathologique et inadaptée de stress dépassé ».

 

Les symptômes du stress sont aujourd’hui bien connus. Ils se manifestent de manière plus ou moins intense en fonction de la personne, de son histoire, de la situation.

Elle peut présenter des symptômes neurovégétatifs sous forme de tachycardie, d’hypertension artérielle, de sensation d’oppression thoracique, d’envie impérieuse d’uriner, une pâleur, une transpiration importante, des nausées…

Au niveau de la motricité, elle éprouvera des sensations d’engourdissement, voire de paralysie, des tremblements, des maladresses gestuelles.

Sur le plan de la pensée, elle va vivre un sentiment d’irréalité, l’impression de penser trop lentement… et, au niveau émotionnel, une peur intense.

 

Les violences conjugales vont entraîner chez la femme comme chez l’enfant, quel que soit son âge, un état de stress important.

 

Les connaissances actuelles à propos de la sensorialité fœtale et des interactions biologiques entre la mère et le fœtus par le biais de médiateurs chimiques complexes, laissent présupposer qu’au moment du passage à l’acte violent, le fœtus vit des modifications physiologiques et biologiques soudaines, comme sa mère.

Michel Soulé (1992) confirme que toutes les recherches de psychiatrie du nourrisson montrent « que lorsque les bébés présentent certains troubles très précoces : anorexie primaire, coliques des trois premiers mois, troubles graves et précoces du sommeil, asthme précoce, on retrouve des perturbations chez la mère pendant la grossesse : deuils proches, événements graves, violences, dépression mentalisée ou camouflée…

La grossesse est une période particulière en tant que facteur déclenchant ou aggravant des violences conjugales. Il en va de même pour les périodes péri- et post-natales.

En effet, les violences se manifestent plus fréquemment dans les périodes de crise de la relation, et l’annonce d’une grossesse initie toujours une crise, c’est-à-dire un nécessaire changement d’état de la relation.

Les violences physiques en elles-mêmes peuvent entraîner des avortements “spontanés” , aboutir à la mort maternelle par homicide, ou à des complications au cours de la grossesse… ».

 

A la naissance du bébé, le risque est grand que les parents aux prises avec leur conflit conjugal, « oublient » et prennent peu ou pas en compte les besoins élémentaires (d’être nourri, changé, câliné…) de leur enfant.

Ce dernier va alors se manifester par des comportements signaux innés (cris, pleurs) afin d’interpeller ses parents, espérant ainsi obtenir de la proximité physique et la satisfaction de ses besoins. Le nourrisson fera l’expérience de la réponse qui tarde à venir, qui ne correspond pas à ses besoins, qui ne vient jamais, ou encore, qui varie en fonction des événements violents ou non.

Progressivement, il va intégrer qu’il est inutile de se manifester et modifiera son comportement, traduisant une phase de désespoir ou phase de réaction passive  « Les comportements signaux ont été mis en échec et l’enfant, durant cette phase, perd tout intérêt pour son environnement, manifeste des troubles végétatifs, refuse de s’alimenter. »

L’enfant commence à moins demander. Il se limite au peu qu’il lui est donné, anesthésie ses besoins. Son corps se contente de ce qu’il a.

Le nourrisson ne bouge presque pas, fait peu de bruit, prend le minimum de place. Il apprend à grandir tout seul.

Durant cette période, il ne fait pas l’expérience que l’autre peut être présent, prévenant, aimant et aidant. Le nourrisson va se replier sur lui, devenir très sage, effacé. Il se résigne, se fait oublier. Il va être oublié. Emergent ainsi les premières négligences.

L’enfant peut également continuer à manifester le manque de soins par des pleurs et des cris. Les parents, trop mobilisés par leur conflit, le soignent mal. Alors, le nourrisson pleure encore plus, développe des troubles du sommeil (réveils nocturnes), de l’alimentation et ils se sentent découragés, disqualifiés par ce bébé qui ne se montre pas satisfait de leurs soins, qu’ils ne comprennent pas, qui ne correspond pas à l’enfant rêvé. Les premières maltraitances apparaissent.

Le nourrisson en recherche d’attention et de relation, comprend qu’on s’intéresse à lui par leur biais ; il les « lit » comme des marques d’attention à sa présence, à sa personne. Il enregistre donc, puis cherche à ce que ce processus relationnel se reproduise. Ce faisant, il atteint deux objectifs, ce qui l’encourage à « persévérer » dans le renforcement du processus : il reçoit « des marques » d’attention et il contribue à décharger un peu les tensions conjugales en les détournant sur lui.

Pour peu que les deux parents se liguent contre lui dans cette démarche punitive, même violente, il aura de plus, rempli la mission de les réconcilier momentanément à ses dépens ; ou alors, il pourra être l’objet de la compétition pour être « le meilleur parent », et chacun s’efforcera de le « corriger » ou de le laisser livré à lui-même, l’objectif étant alors de pouvoir dire à l’autre : « Quand il est avec moi, il n’y a aucun problème… ».

 

« dans 10 % des cas recensés, les violences s’exercent aussi sur les enfants ».

« le risque pour les enfants de mères violentées d’être eux-mêmes victimes serait de 6 à 15 fois plus élevé ».

 

Peuvent, dès lors, exister des lésions traumatiques, des troubles psychosomatiques (le manque de soins ou le traumatisme psychologique engendré par les violences entraînent des troubles sphinctériens à type d’énurésie, des retards staturo-pondéraux, des troubles de l’audition et du langage, des infections respiratoires à répétition), des troubles psychologiques (troubles du sommeil, cauchemars ; troubles de l’alimentation ; anxiété, angoisse ; état dépressif ; syndrome post-traumatique), des troubles du comportement et de la conduite.

Le climat de violence qui règne à la maison et la terreur engendrée par cette violence déséquilibrent l’enfant et peuvent provoquer en lui désintérêt et désinvestissement scolaire, agressivité et violence, fugues et délinquance, conduites addictives et toxicomanies, idées suicidaires et tentatives de suicide, suicide.

Enfin, ces enfants sont susceptibles de s’organiser à partir de convictions stéréotypés à l’égard du rôle des Hommes et des Femmes et reproduire les actes de violences comme moyen de résoudre les conflits, soit actuellement, soit plus tard dans une vie de couple.

 

Comment accompagner les enfants ?

La femme qui arrive en structure a posé un acte important à l’égard d’elle-même, de son compagnon et de son ou ses enfant(s) : elle a quitté le domicile conjugal. Elle envoie un message à tous les membres de la famille  « je n’accepte plus les comportements de violence, je veux que ces comportements cessent, je te quitte, je me protège et je protège les enfants ».

 

Les enfants ne sont pas toujours préparés à cette échéance.

Parfois, leur mère en a gardé le secret de peur qu’ils ne la trahissent auprès de son agresseur, leur père. Dans certains cas, la décision s’est prise dans l’urgence, sans que des mots soient mis sur la situation, sans qu’aucune explication ne vienne donner du sens à ce qui se vit.

Comme nous l’avons dit, les enfants se créent alors eux-mêmes du sens.

Lorsque l’enfant est devenu le confident de la mère, il arrive qu’il soit au courant des projets de départ. Il partage alors le secret avec elle, ce qui renforce sa position privilégiée auprès de celle-ci, tout en l’éloignant de sa fratrie.

 

Pour l’enfant, la décision de sa mère de partir est synonyme de ruptures et de pertes : rupture avec son père qu’il ne voit plus, et dont il ignore à son arrivée dans l’établissement s’il le reverra, quand et comment ; ruptures avec ses camarades de classe, son enseignant, les copains du quartier, de l’immeuble…, souvent sans avoir eu le temps de dire au revoir, de récupérer les affaires scolaires.

Le départ implique aussi les pertes : il a dû abandonner la plupart du temps ses jouets, ses petits « trésors » bien cachés, ses vêtements, ceux qu’il aimait porter, sa chambre, sa maison… en d’autres termes, tous ses repères.

Au moment de son arrivée dans le centre, il a perdu aussi l’espoir qu’entre papa et maman, tout va s’arranger et qu’il n’y aura plus de violences.

L’enfant se trouve propulsé dans un lieu inconnu où les règles ne correspondent plus à celles de la maison, avec des personnes étrangères. Le seul repère stable reste sa mère, celle qui a pourtant déstabilisé la situation établie et connue.

 

Cette rupture brutale de contexte et d’équilibre s’accompagne d’une nécessaire capacité d’adaptation à la vie en communauté, avec d’autres femmes et enfants que les mêmes raisons ont conduits en ce lieu. Certains enfants sont soulagés de constater qu’ils ne sont pas seuls à vivre ces évènements douloureux. D’autres, en revanche, ressentent de la honte, sentiment partagé par nombre de personnes victimes et/ou auteurs de violences.

 

La dispute des Parents frappent de plein fouet les Enfants qui ne sont pas « outillés » pour élaborer la violence, prendre de la distance et le conflit s’imprime en eux telle une trace traumatique.

 

Cependant, si cela reste au stade d’une dispute, soit d’une discussion un peu vive, l’Enfant est alors confronté au fait que ses parents ne sont pas les mêmes, que chacun a à tenir compte des limites de l’Autre, doit renoncer à son omnipotence.

 

A contrario, si les disputes sont répétitives et deviennent un scénario dans lequel le couple s’enlise, énonçant toujours les mêmes arguments, témoignant toujours de la même incompréhension, l’Enfant est alors confronté à l’impuissance face à la perte d’espoir dans l’évolution des conflits.

 

Participation de l’enfant aux violences conjugales

 

 

La « danse relationnelle » ne se conjugue pas à 2 – l’auteur et la victime – mais à 3, 4 ou plus, c’est-à-dire avec les enfants.

Ces derniers vont être poussés à entrer dans « la danse » et à se ranger du côté de l’un ou de l’autre.

Ils auront à « choisir leur camp », chacun dans la fratrie à sa façon, en fonction de son âge, de son rang, de son histoire singulière, de la place qu’il occupe auprès de l’un ou l’autre et/ou de celle que lui font occuper ses parents.

 

Dans un 1er temps, l’enfant restera spectateur des violences, confronté à la peur qui survient quand il voit son père en furie et sa mère agressée, voire blessée.

Dans ces moments là, l’enfant est considéré comme un objet.

 

Soit les actes violents ont lieu en sa présence sans que cela ne change rien car on agit comme s’il n’était pas là ou comme s’il n’était pas autre chose qu’un objet parmi d’autres dans la maison ; le spectacle des violences lui est infligé sans aucun égard ni aucune protection.

 

Soit, au moment où les actes violents sont prévisibles (notion de rituel), on le déplace vers une autre pièce d’où il entend sans voir.

Les enfants (et les adultes) savent et disent que ces moments-là sont encore plus pénibles à vivre ; en effet, ils en sont réduits d’abord à anticiper l’angoisse et la peur pendant les « préparatifs » du rituel, et par la suite, à se créer des images qui accompagnent les bruits et les cris.

L’un des effets classiques du rituel est d’induire une réaction défensive d’adaptation à la situation : l’enfant sait reconnaître les étapes successives de l’épisode violent. Il « oublie » que les bruits et les cris correspondent à une souffrance exprimée par des êtres humains (ses parents) et focalise son attention sur l’attente de la dernière étape du processus qui le délivrera de sa propre souffrance.

 

Dans un 2nd temps, si les violences conjugales se poursuivent, l’enfant qui grandit aura tendance à construire une représentation de la situation qui fasse sens pour lui.

N’étant pas informé des tenants et aboutissants de chaque parent, il applique à la situation une vision simplificatrice manichéenne qui lui fait choisir un camp, et le pousse à entrer dans le jeu aux côtés de celui ou celle qui lui paraît en position de faiblesse, de victime. Il apprend alors qu’il peut se comporter différemment selon la personne à laquelle il s’adresse.

Poursuivant sa conduite hyperadaptative défensive, il modifie à volonté les traits de son caractère et ses comportements, ceci le mettant à la merci des 2 protagonistes.

Le parent victime aura tendance à s’appuyer sur lui, négligeant son rôle parental pour faire de l’enfant son confident et le réceptacle de ses plaintes, le submergeant émotionnellement et le plaçant dans un angoissant conflit de loyauté.

Le parent agresseur aura tendance à reporter sur l’enfant déloyal à son égard, les violences destinées en première intention à son conjoint.

 

Le 3ème temps est celui de l’entrée active de l’enfant dans le jeu.

Maintenant qu’il a donné du sens aux interactions parentales et aux attaques violentes entre eux, il ne veut plus être spectateur mais acteur.

Le conflit conjugal s’est chronicisé, organisant du même coup les interactions familiales au sein desquelles l’enfant joue son rôle et y tient pour exister, malgré le désintérêt manifeste des parents à son égard, trop occupés qu’ils sont à leur propre relation.

L’apprentissage de l’utilisation des violences comme outil de règlement des conflits commence alors à se manifester : l’enfant devient irritable et anxieux, distrait en classe. Il agresse ses camarades aussi bien que sa fratrie.

On note que, de manière paradoxale, il s’identifie en actes à l’adulte dont il réprouve en paroles les actes violents. Cette attitude nouvelle prétend montrer au parent agresseur la réprobation de l’enfant en même temps qu’elle tend à stimuler par l’exemple le parent victime et à lui montrer son soutien actif.

Dans les cas les plus dramatiques, on peut en arriver au parricide.

 

L’étape ultime de ce conflit sans issue est l’instrumentalisation des réponses de l’enfant, et ceci quel que soit son âge.

En effet, à ce stade, les comportements de l’enfant sont tels que sa rage et ses débordements paraissent, aux yeux des observateurs, totalement déconnectés du contexte des violences conjugales.

Certains intervenants auraient alors tendance à les attribuer à des composantes structurelles intrapsychiques de l’enfant ou à une période de son cycle de développement (« c’est normal chez un adolescent… »).

 

 

Conséquences des violences conjugales sur la santé des enfants

 

Lorsqu’un individu est soumis à une agression ou à une menace, il y répond immédiatement par une réaction désignée sous le nom de stress.

 

Louis Crocq (1999) définit le stress comme « la réaction immédiate, biologique, physiologique et psychologique d’alarme, de mobilisation et de défense de l’individu face à une agression ou à une menace » et ajoute « c’est une réaction éphémère ; elle est a priori utile et salvatrice, et aboutit généralement au choix et à l’exécution d’une solution adaptative.

Elle se déroule dans un climat de tension psychique exceptionnel et s’achève par le relâchement de cette tension, avec une sensation mitigée de soulagement et d’épuisement physique et mental.

Elle n’est pas pathologique, quoique grevée de symptômes gênants ; mais trop intense, répétée à de courts intervalles ou prolongée à l’excès, elle se mue en réaction pathologique et inadaptée de stress dépassé ».

 

Les symptômes du stress sont aujourd’hui bien connus. Ils se manifestent de manière plus ou moins intense en fonction de la personne, de son histoire, de la situation.

Elle peut présenter des symptômes neurovégétatifs sous forme de tachycardie, d’hypertension artérielle, de sensation d’oppression thoracique, d’envie impérieuse d’uriner, une pâleur, une transpiration importante, des nausées…

Au niveau de la motricité, elle éprouvera des sensations d’engourdissement, voire de paralysie, des tremblements, des maladresses gestuelles.

Sur le plan de la pensée, elle va vivre un sentiment d’irréalité, l’impression de penser trop lentement… et, au niveau émotionnel, une peur intense.

 

Les violences conjugales vont entraîner chez la femme comme chez l’enfant, quel que soit son âge, un état de stress important.

 

Les connaissances actuelles à propos de la sensorialité fœtale et des interactions biologiques entre la mère et le fœtus par le biais de médiateurs chimiques complexes, laissent présupposer qu’au moment du passage à l’acte violent, le fœtus vit des modifications physiologiques et biologiques soudaines, comme sa mère.

Michel Soulé (1992) confirme que toutes les recherches de psychiatrie du nourrisson montrent « que lorsque les bébés présentent certains troubles très précoces : anorexie primaire, coliques des trois premiers mois, troubles graves et précoces du sommeil, asthme précoce, on retrouve des perturbations chez la mère pendant la grossesse : deuils proches, événements graves, violences, dépression mentalisée ou camouflée…

La grossesse est une période particulière en tant que facteur déclenchant ou aggravant des violences conjugales. Il en va de même pour les périodes péri- et post-natales.

En effet, les violences se manifestent plus fréquemment dans les périodes de crise de la relation, et l’annonce d’une grossesse initie toujours une crise, c’est-à-dire un nécessaire changement d’état de la relation.

Les violences physiques en elles-mêmes peuvent entraîner des avortements “spontanés” , aboutir à la mort maternelle par homicide, ou à des complications au cours de la grossesse… ».

 

A la naissance du bébé, le risque est grand que les parents aux prises avec leur conflit conjugal, « oublient » et prennent peu ou pas en compte les besoins élémentaires (d’être nourri, changé, câliné…) de leur enfant.

Ce dernier va alors se manifester par des comportements signaux innés (cris, pleurs) afin d’interpeller ses parents, espérant ainsi obtenir de la proximité physique et la satisfaction de ses besoins. Le nourrisson fera l’expérience de la réponse qui tarde à venir, qui ne correspond pas à ses besoins, qui ne vient jamais, ou encore, qui varie en fonction des événements violents ou non.

Progressivement, il va intégrer qu’il est inutile de se manifester et modifiera son comportement, traduisant une phase de désespoir ou phase de réaction passive  « Les comportements signaux ont été mis en échec et l’enfant, durant cette phase, perd tout intérêt pour son environnement, manifeste des troubles végétatifs, refuse de s’alimenter. »

L’enfant commence à moins demander. Il se limite au peu qu’il lui est donné, anesthésie ses besoins. Son corps se contente de ce qu’il a.

Le nourrisson ne bouge presque pas, fait peu de bruit, prend le minimum de place. Il apprend à grandir tout seul.

Durant cette période, il ne fait pas l’expérience que l’autre peut être présent, prévenant, aimant et aidant. Le nourrisson va se replier sur lui, devenir très sage, effacé. Il se résigne, se fait oublier. Il va être oublié. Emergent ainsi les premières négligences.

L’enfant peut également continuer à manifester le manque de soins par des pleurs et des cris. Les parents, trop mobilisés par leur conflit, le soignent mal. Alors, le nourrisson pleure encore plus, développe des troubles du sommeil (réveils nocturnes), de l’alimentation et ils se sentent découragés, disqualifiés par ce bébé qui ne se montre pas satisfait de leurs soins, qu’ils ne comprennent pas, qui ne correspond pas à l’enfant rêvé. Les premières maltraitances apparaissent.

Le nourrisson en recherche d’attention et de relation, comprend qu’on s’intéresse à lui par leur biais ; il les « lit » comme des marques d’attention à sa présence, à sa personne. Il enregistre donc, puis cherche à ce que ce processus relationnel se reproduise. Ce faisant, il atteint deux objectifs, ce qui l’encourage à « persévérer » dans le renforcement du processus : il reçoit « des marques » d’attention et il contribue à décharger un peu les tensions conjugales en les détournant sur lui.

Pour peu que les deux parents se liguent contre lui dans cette démarche punitive, même violente, il aura de plus, rempli la mission de les réconcilier momentanément à ses dépens ; ou alors, il pourra être l’objet de la compétition pour être « le meilleur parent », et chacun s’efforcera de le « corriger » ou de le laisser livré à lui-même, l’objectif étant alors de pouvoir dire à l’autre : « Quand il est avec moi, il n’y a aucun problème… ».

 

« dans 10 % des cas recensés, les violences s’exercent aussi sur les enfants ».

« le risque pour les enfants de mères violentées d’être eux-mêmes victimes serait de 6 à 15 fois plus élevé ».

 

Peuvent, dès lors, exister des lésions traumatiques, des troubles psychosomatiques (le manque de soins ou le traumatisme psychologique engendré par les violences entraînent des troubles sphinctériens à type d’énurésie, des retards staturo-pondéraux, des troubles de l’audition et du langage, des infections respiratoires à répétition), des troubles psychologiques (troubles du sommeil, cauchemars ; troubles de l’alimentation ; anxiété, angoisse ; état dépressif ; syndrome post-traumatique), des troubles du comportement et de la conduite.

Le climat de violence qui règne à la maison et la terreur engendrée par cette violence déséquilibrent l’enfant et peuvent provoquer en lui désintérêt et désinvestissement scolaire, agressivité et violence, fugues et délinquance, conduites addictives et toxicomanies, idées suicidaires et tentatives de suicide, suicide.

Enfin, ces enfants sont susceptibles de s’organiser à partir de convictions stéréotypés à l’égard du rôle des Hommes et des Femmes et reproduire les actes de violences comme moyen de résoudre les conflits, soit actuellement, soit plus tard dans une vie de couple.

 

Comment accompagner les enfants ?

La femme qui arrive en structure a posé un acte important à l’égard d’elle-même, de son compagnon et de son ou ses enfant(s) : elle a quitté le domicile conjugal. Elle envoie un message à tous les membres de la famille  « je n’accepte plus les comportements de violence, je veux que ces comportements cessent, je te quitte, je me protège et je protège les enfants ».

 

Les enfants ne sont pas toujours préparés à cette échéance.

Parfois, leur mère en a gardé le secret de peur qu’ils ne la trahissent auprès de son agresseur, leur père. Dans certains cas, la décision s’est prise dans l’urgence, sans que des mots soient mis sur la situation, sans qu’aucune explication ne vienne donner du sens à ce qui se vit.

Comme nous l’avons dit, les enfants se créent alors eux-mêmes du sens.

Lorsque l’enfant est devenu le confident de la mère, il arrive qu’il soit au courant des projets de départ. Il partage alors le secret avec elle, ce qui renforce sa position privilégiée auprès de celle-ci, tout en l’éloignant de sa fratrie.

 

Pour l’enfant, la décision de sa mère de partir est synonyme de ruptures et de pertes : rupture avec son père qu’il ne voit plus, et dont il ignore à son arrivée dans l’établissement s’il le reverra, quand et comment ; ruptures avec ses camarades de classe, son enseignant, les copains du quartier, de l’immeuble…, souvent sans avoir eu le temps de dire au revoir, de récupérer les affaires scolaires.

Le départ implique aussi les pertes : il a dû abandonner la plupart du temps ses jouets, ses petits « trésors » bien cachés, ses vêtements, ceux qu’il aimait porter, sa chambre, sa maison… en d’autres termes, tous ses repères.

Au moment de son arrivée dans le centre, il a perdu aussi l’espoir qu’entre papa et maman, tout va s’arranger et qu’il n’y aura plus de violences.

L’enfant se trouve propulsé dans un lieu inconnu où les règles ne correspondent plus à celles de la maison, avec des personnes étrangères. Le seul repère stable reste sa mère, celle qui a pourtant déstabilisé la situation établie et connue.

 

Cette rupture brutale de contexte et d’équilibre s’accompagne d’une nécessaire capacité d’adaptation à la vie en communauté, avec d’autres femmes et enfants que les mêmes raisons ont conduits en ce lieu. Certains enfants sont soulagés de constater qu’ils ne sont pas seuls à vivre ces évènements douloureux. D’autres, en revanche, ressentent de la honte, sentiment partagé par nombre de personnes victimes et/ou auteurs de violences.