15 OCTOBRE : JOURNEE MONDIALE DE SENSIBILISATION AU DEUIL PERINATAL

Le deuil périnatal nous met face à un fœtus / enfant (chacun choisira ce qui lui convient) mort avant de naître ou né peu de temps avant de mourir.

Situation bien singulière mais non exceptionnelle, témoin d’une violence liée à l’inversion de la logique de la vie (la mort de l’enfant avant les parents), la dramatique coïncidence naissance/mort, la culpabilité majeure de n’avoir pas su ou pu garder son enfant en vie, le sentiment d’amputation « d’un bout de soi », l’absence ou le peu de souvenirs communs constituant des traces de vie, la difficulté psychologique de se sentir parent de cet enfant-là dans une société où parler de la mort d’un bébé reste encore tabou.

Les parents se trouvent précipités dans une douleur innommable, une solitude et une culpabilité, dont il est souvent difficile de parler.

Le travail de deuil est généralement décrit dans la littérature comme l’accomplissement de 3 phases :

La 1ère phase du travail de deuil ou, plus exactement, sa phase préliminaire, est l’état de choc, provoqué par la nouvelle de la mort de l’être cher.

Le travail de deuil proprement dit ne commence réellement que lorsque le temps du déni et du refus est dépassé et que s’installe la souffrance dépressive. C’est là que s’effectue le désinvestissement de l’objet, qui constitue l’essence du travail de deuil.

Enfin, survient la phase d’adaptation marquée par l’investissement de nouveaux « objets » et la création de nouveaux liens.

Les propos d’une mère parlent / vous parleront beaucoup mieux de ce vécu « Tout ce que mon amour de mère a pu ressentir de déchirure, de brisure, de solitude et d’incompréhension lorsqu’il s’est agi pour moi de réaliser brutalement que «la chair de ma chair» qui avait pris vie et qui bougeait en moi était condamnée à mourir et que, dans la réalité opératoire de ce moment d’horreur, il n’y avait qu’un très petit pas, assez vite franchi par l’environnement et surtout assez vite oublié de tous, pour prononcer à son encontre une sentence de mort rapidement exécutoire.

Au choc de sa disparition, allait venir s’ajouter, pour moi, un traumatisme supplémentaire car, à peine sorti de mon ventre déjà en deuil, mon petit Paul qui naissait mort à presque 21 semaines, allait subir l’inflexible jugement du législateur qui le renvoyait impitoyablement à la qualification de «rien», «déchet humain», «produit innomé».

Il n’avait donc aucune existence, de quelque ordre que ce soit, aucun statut qui me permette de l’inscrire sur notre livret de famille et qui l’instaure dans le réel ».

Dès lors, comment effectuer le deuil de rien autour de pas grand chose ?

Avant même que la vie ne vienne donner existence au petit d’humain, la mort fait cruellement son œuvre.

Ainsi, des bébés qui ont habité le ventre de leurs mères pendant quelques mois ou qui ont fait une brève apparition sur la scène des hommes, sont arrêtés de manière impitoyable dans leur élan de vie, laissant leurs parents dans le chagrin, l’incompréhension, l’indicible et l’impensable.

Collusion insupportable entre la vie et la mort, bousculant l’ordre des générations, survenant dans la fragilité de la grossesse, s’incrustant dans la chair meurtrie de la mère, questionnant la représentation parentale du bébé qui n’a pas vécu.

La mort d’un bébé avant sa naissance ou peu de temps après produit un véritable séisme dans la famille.

Tous les repères sont bousculés, la temporalité modifiée, l’ordre des générations bouleversé : « La mort des parents, c’est la perte du passé ; la mort d’un enfant, c’est la perte de l’avenir.»
Les couples vivent un cauchemar éveillé.

L’effroyable est entré dans leur vie.

Plus rien ne sera comme avant.

Il s’agit toujours d’enfants qui n’existent qu’à travers les traces laissées dans le psychisme des parents. C’est la singularité du deuil périnatal.
Le moment de l’annonce, où la vie bascule en une fraction de seconde, où les repères vacillent à toute allure, où le vécu terrifiant va bien au-delà de l’imaginaire, inaugure le travail de la perte…

Ce deuil comporte une dimension bien particulière puisqu’il doit se construire sur très peu d’éléments concrets de vie, voire aucun quand les seuls souvenirs sont les mouvements in utero du bébé ou les images échographiques.

Les professionnels mesurent souvent les effets bénéfiques et étayant d’une présence accompagnante de proximité, l’importance d’un accompagnement spécifique de ces « mères / parents inachevés ».

Quand on accompagne une famille, on peut se trouver professionnellement engagé à plus ou moins longue échéance.

La lourdeur du vécu des familles, la persistance de sentiments multiples d’amputation, d’injustice, de culpabilité, le sentiment « d’être hors la vie », sous les décombres, génèrent un besoin de soutien qui peut s’étendre sur un temps très long ou peut resurgir sous des formes inattendues et propres à chacun. Répondre à cette attente nécessite une disponibilité et une grande patience pour accueillir et continuer d’accueillir ce qui vient et revient.

Parler concrètement de cet enfant est une manière, encore une fois, de reconnaître son existence et de le relier à la vie.

N’est-ce pas cela, le sens réel des rituels ?

Voir le corps du fœtus ou du bébé mort si ils le souhaitent, savoir que le personnel soignant a pris soin du bébé, l’a habillé si c’était possible, a pris des photos qu’ils pourront consulter dans le dossier plus tard éventuellement, l’inscrire sur le livret de famille, pouvoir organiser ses funérailles… tout cela permet à la mère, aux parents de faire une place réelle au bébé, de lui donner une identité, de l’inscrire dans une histoire et une filiation, et donc de pouvoir s’en séparer ensuite, et continuer à être dans la vie sans lui.

A contrario, dans une sorte de défense contra-phobique, parce que la mort d’un enfant plonge tout le monde dans l’effroi, le personnel soignant, l’entourage familial, amical proposent une démarche opposée : on dit aux parents qu’il faut oublier, qu’ils auront très vite un autre enfant etc… Et, plus les mères se trouvent confrontées à ces discours et ces comportements, plus elles « s’accrochent » à ce qui leur reste, c’est-à-dire la perte, l’absence, le vide qu’a laissés la mort de leur enfant ; elles risquent ainsi de se figer dans leur traumatisme qui devient leur histoire.

Il apparaît donc indispensable, de pouvoir offrir, à ces mères (et pères et fratrie), la possibilité de moments à effet thérapeutique adapté, afin de les accompagner sur ce difficile chemin de la séparation d’avec leur bébé.

Il est nécessaire, pour ces parents, d’avoir un lieu où l’on puisse évoquer ces « bébés passés sous silence », de rencontrer quelqu’un qui écoute, avec qui on peut aborder ce sujet de la mort prématurée et incompréhensible, sans tabou.

Le recours à un groupe d’étayage par des pairs, confrontés à une même communauté de destin, peut être également une étape.

Qu’il devienne un enfant parti trop tôt, dont on se souvient, et pouvant laisser la place à d’autres enfants, vivants, à venir…

Selon la phrase prêtée à SENEQUE, « la vie, ce n’est pas atttendre que l’orage passe mais apprendre à danser sous la pluie », il est souhaitable ques ses parents trouvent, pour cela, ce qu’il est convenu d’appeler des « tuteurs de résilience (facilitant cette capacité à rebondir y compris dans l’adversité, à ne pas se laisser totalement envahir psychiquement par ce qui fait violence) » et mobilisent leurs propres ressources et compétences trop souvent enfouies.

Les Québécois organisent, chaque année, une marche au cours de laquelle parents, grands-parents, membres de la fratrie ou amis, viennent poser une fleur, une rose en général, dans des vases pour créer ensemble, au fil d’une journée, un bouquet immense en mémoire des bébés décédés pendant une grossesse.

Chaque fleur représente un bébé, on la place soigneusement à un endroit précis.

Elle n’est pas toute seule, elle se trouve parmi tant d’autres fleurs, et les parents se rendent compte qu’ils ne sont pas les derniers à emprunter le chemin particulièrement caillouteux du deuil périnatal.

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