L’ENFANT ET L’HORREUR

Les médias ont largement relayé les récents actes barbares qui ont sidéré bon nombre d’adultes, les laissant parfois sans voix pour aborder cela avec leurs enfants. Comment parler de tels actes avec les enfants ? Comment trouver les mots ? Comment les accompagner sans leur mentir mais sans les envahir de nos angoisses ? 

Contre le chaos, contre la monstruosité, il n’y a pas d’autres armes que celles de la pensée, de la dignité, de l’attention à autrui, de la construction démocratique permanente ; le travail de la culture… Si le «monstre» est tout entier à ses pulsions, l’homme gagne son humanité en évitant d’être emporté par ses émotions grâce à sa capacité de penser à lui-même, à l’autre et au monde qui l’entoure. Il s’agit d’un mouvement où je me laisse toucher par la souffrance de l’autre et où, plutôt que d’en être sidéré, fasciné, je suis capable de penser et parler cette souffrance et, éventuellement, d’agir.

il n’y a pas de « maître de l’univers », seulement des humains qui tentent de faire de leur mieux dans un monde où, hélas, il y a des catastrophes, des accidents, des meurtres. Depuis l’aube des temps, les hommes ont à la fois cherché à s’en prémunir mais également ont été amenés à vivre avec ce réel, le ciel qui peut tomber sur la tête malgré la potion magique. Reconnaître cette part de non-maîtrisable et faire entendre à l’enfant qu’il y a moyen de vivre avec, c’est également aider ce dernier à grandir.

Il faut éviter de leur montrer n’importe quelles images. Parce que les images, pour les jeunes enfants, n’ont pas de caractère informatif.

Ca sidère, ça crée beaucoup d‘émotions, mais ça n’informe pas.

Inutile aussi de les envahir de détails techniques, concrets, de parler du sang, de la douleur, des balles tirées.

Satisfaire leur curiosité, oui. Chercher à les informer à tout prix, non.

Lorsque les parents auront répondu aux questions de leurs enfants, ils devront reprendre les rênes de la conversation et la ramener sur le terrain de la normalité « Hey, on ne va pas tarder à dîner. Tu viens m’aider à mettre la table ».

Si vous respectez les habitudes de tous les jours, vos enfants sauront que leur univers n’est pas menacé !

HOMMAGE RENDU, AVEC LE M.R.A.P., A MONSIEUR SAMUEL PATY

Ce vendredi 16 octobre 2020, nous étions sous le choc de l’assassinat qui venait de se produire à la sortie d’un collège et envahis par des émotions multiples et légitimes telles l’effroi, la sidération, la stupéfaction, l’indignation, la colère, la tristesse…

A travers cet acte d’une horreur absolue, il s’est agi de la traduction d’une haine sanguinaire contre l’humanité, contre un enseignant livré à la vindicte de fanatiques, d’intransigeants islamistes.

Comme l’a écrit Louis ARAGON, « certains jours, j’ai rêvé d’une gomme à effacer l’immondice humaine ».

L’urgence tragique du présent tendant à libérer les passions plus qu’à favoriser l’exercice de la raison et la tentation existant de se contenter d’opposer le dogmatisme au fanatisme, un credo prétendu républicain à une religiosité perçue comme dévoyée, nous avons souhaité différer quelque peu cet hommage à Mr Samuël PATY.

Si, ce soir, nous sommes si nombreux, c’est parce que nous avions besoin de nous retrouver, hommes et femmes que nous sommes, les uns avec les autres, de partager un grand moment collectif afin de transformer cet acte tragique, cet acte de barbarie en une pensée, en un mouvement, en une énergie, en une résistance !

Nous ne voulons ni récupération politique, ni stigmatisation d’une communauté cultuelle !

Ces exactions visent à combattre et, à terme, à détruire de l’intérieur, par la violence mais surtout par la peur et la soumission, les institutions démocratiques et républicaines.

Cet acte ravageur se voudrait un message !

En supprimant un enseignant qui offrait, à travers l’échange d’idées, l’accès à l’esprit critique aux enfants et citoyens de demain, en sacrifiant un homme oeuvrant au service de l’Etat.

L’acte frappe une Partie pour atteindre le Tout .

La haine radicale des fanatiques terroristes pour tout ce qui n’est pas eux, les incite « à refuser toute altérité et, donc, tout dialogue ».

La laïcité n’est pas une machine de guerre contre les religions mais une façon d’affirmer les prérogatives de l’État tout en organisant la coexistence pacifiée des diverses croyances ou absence de croyance.

Faire vivre la laïcité, penser qu’elle peut nous aider à résoudre les problèmes actuels, ce n’est pas en faire l’objet d’un discours clos, défensif et incantatoire.

C’est au contraire maintenir la réflexion ouverte, pour qu’elle ne devienne pas un prétexte à excommunications mais le moyen d’une intégration vivante au sein d’un projet républicain qui est sans cesse à réinventer.

Par ailleurs, la liberté d’expression (antérieurement nommée « la libre circulation des pensées et des opinions » dans l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789) est la condition de la liberté de pensée car la pensée ne prend forme que par la communication avec autrui.

L’Ecole n’est autre qu’un creuset du vivre ensemble, un lieu de transmission du savoir, de la connaissance, des Lumières, de la liberté de penser et de mettre en doute.

Jusqu’alors, Mr Samuël PATY était un héros anonyme de l’école publique et, plus largement, des services publics aujourd’hui de plus en plus abandonnés par l’Etat !

Mr Samuël PATY a été assassiné pour avoir porté haut l’exercice du sens critique, participé à la promotion des idées humanistes et ouvert le chemin vers l’émancipation.

Le vivre ensemble naîtra de notre capacité à nous rencontrer avec nos multiples appartenances, pour nous reconnaître d’une même humanité.

Elle se renforcera par notre volonté de nous unir autour d’un même combat pour la dignité.

Pour Amin MAALOUF, « l’Humanité, tout en étant multiple, est d’abord une ».

Par cet acte impensable, indicible, l’éducation autre que familiale que nous avons reçue, que nos enfants reçoivent, a été symboliquement annihilée et nous sommes, aujourd’hui, tous endeuillés !

Je vous invite, à présent, à respecter 1 minute de silence en hommage à Mr Samuël PATY, martyr dans sa mission républicaine !

15 OCTOBRE : JOURNEE MONDIALE DE SENSIBILISATION AU DEUIL PERINATAL

Le deuil périnatal nous met face à un fœtus / enfant (chacun choisira ce qui lui convient) mort avant de naître ou né peu de temps avant de mourir.

Situation bien singulière mais non exceptionnelle, témoin d’une violence liée à l’inversion de la logique de la vie (la mort de l’enfant avant les parents), la dramatique coïncidence naissance/mort, la culpabilité majeure de n’avoir pas su ou pu garder son enfant en vie, le sentiment d’amputation « d’un bout de soi », l’absence ou le peu de souvenirs communs constituant des traces de vie, la difficulté psychologique de se sentir parent de cet enfant-là dans une société où parler de la mort d’un bébé reste encore tabou.

Les parents se trouvent précipités dans une douleur innommable, une solitude et une culpabilité, dont il est souvent difficile de parler.

Le travail de deuil est généralement décrit dans la littérature comme l’accomplissement de 3 phases :

La 1ère phase du travail de deuil ou, plus exactement, sa phase préliminaire, est l’état de choc, provoqué par la nouvelle de la mort de l’être cher.

Le travail de deuil proprement dit ne commence réellement que lorsque le temps du déni et du refus est dépassé et que s’installe la souffrance dépressive. C’est là que s’effectue le désinvestissement de l’objet, qui constitue l’essence du travail de deuil.

Enfin, survient la phase d’adaptation marquée par l’investissement de nouveaux « objets » et la création de nouveaux liens.

Les propos d’une mère parlent / vous parleront beaucoup mieux de ce vécu « Tout ce que mon amour de mère a pu ressentir de déchirure, de brisure, de solitude et d’incompréhension lorsqu’il s’est agi pour moi de réaliser brutalement que «la chair de ma chair» qui avait pris vie et qui bougeait en moi était condamnée à mourir et que, dans la réalité opératoire de ce moment d’horreur, il n’y avait qu’un très petit pas, assez vite franchi par l’environnement et surtout assez vite oublié de tous, pour prononcer à son encontre une sentence de mort rapidement exécutoire.

Au choc de sa disparition, allait venir s’ajouter, pour moi, un traumatisme supplémentaire car, à peine sorti de mon ventre déjà en deuil, mon petit Paul qui naissait mort à presque 21 semaines, allait subir l’inflexible jugement du législateur qui le renvoyait impitoyablement à la qualification de «rien», «déchet humain», «produit innomé».

Il n’avait donc aucune existence, de quelque ordre que ce soit, aucun statut qui me permette de l’inscrire sur notre livret de famille et qui l’instaure dans le réel ».

Dès lors, comment effectuer le deuil de rien autour de pas grand chose ?

Avant même que la vie ne vienne donner existence au petit d’humain, la mort fait cruellement son œuvre.

Ainsi, des bébés qui ont habité le ventre de leurs mères pendant quelques mois ou qui ont fait une brève apparition sur la scène des hommes, sont arrêtés de manière impitoyable dans leur élan de vie, laissant leurs parents dans le chagrin, l’incompréhension, l’indicible et l’impensable.

Collusion insupportable entre la vie et la mort, bousculant l’ordre des générations, survenant dans la fragilité de la grossesse, s’incrustant dans la chair meurtrie de la mère, questionnant la représentation parentale du bébé qui n’a pas vécu.

La mort d’un bébé avant sa naissance ou peu de temps après produit un véritable séisme dans la famille.

Tous les repères sont bousculés, la temporalité modifiée, l’ordre des générations bouleversé : « La mort des parents, c’est la perte du passé ; la mort d’un enfant, c’est la perte de l’avenir.»
Les couples vivent un cauchemar éveillé.

L’effroyable est entré dans leur vie.

Plus rien ne sera comme avant.

Il s’agit toujours d’enfants qui n’existent qu’à travers les traces laissées dans le psychisme des parents. C’est la singularité du deuil périnatal.
Le moment de l’annonce, où la vie bascule en une fraction de seconde, où les repères vacillent à toute allure, où le vécu terrifiant va bien au-delà de l’imaginaire, inaugure le travail de la perte…

Ce deuil comporte une dimension bien particulière puisqu’il doit se construire sur très peu d’éléments concrets de vie, voire aucun quand les seuls souvenirs sont les mouvements in utero du bébé ou les images échographiques.

Les professionnels mesurent souvent les effets bénéfiques et étayant d’une présence accompagnante de proximité, l’importance d’un accompagnement spécifique de ces « mères / parents inachevés ».

Quand on accompagne une famille, on peut se trouver professionnellement engagé à plus ou moins longue échéance.

La lourdeur du vécu des familles, la persistance de sentiments multiples d’amputation, d’injustice, de culpabilité, le sentiment « d’être hors la vie », sous les décombres, génèrent un besoin de soutien qui peut s’étendre sur un temps très long ou peut resurgir sous des formes inattendues et propres à chacun. Répondre à cette attente nécessite une disponibilité et une grande patience pour accueillir et continuer d’accueillir ce qui vient et revient.

Parler concrètement de cet enfant est une manière, encore une fois, de reconnaître son existence et de le relier à la vie.

N’est-ce pas cela, le sens réel des rituels ?

Voir le corps du fœtus ou du bébé mort si ils le souhaitent, savoir que le personnel soignant a pris soin du bébé, l’a habillé si c’était possible, a pris des photos qu’ils pourront consulter dans le dossier plus tard éventuellement, l’inscrire sur le livret de famille, pouvoir organiser ses funérailles… tout cela permet à la mère, aux parents de faire une place réelle au bébé, de lui donner une identité, de l’inscrire dans une histoire et une filiation, et donc de pouvoir s’en séparer ensuite, et continuer à être dans la vie sans lui.

A contrario, dans une sorte de défense contra-phobique, parce que la mort d’un enfant plonge tout le monde dans l’effroi, le personnel soignant, l’entourage familial, amical proposent une démarche opposée : on dit aux parents qu’il faut oublier, qu’ils auront très vite un autre enfant etc… Et, plus les mères se trouvent confrontées à ces discours et ces comportements, plus elles « s’accrochent » à ce qui leur reste, c’est-à-dire la perte, l’absence, le vide qu’a laissés la mort de leur enfant ; elles risquent ainsi de se figer dans leur traumatisme qui devient leur histoire.

Il apparaît donc indispensable, de pouvoir offrir, à ces mères (et pères et fratrie), la possibilité de moments à effet thérapeutique adapté, afin de les accompagner sur ce difficile chemin de la séparation d’avec leur bébé.

Il est nécessaire, pour ces parents, d’avoir un lieu où l’on puisse évoquer ces « bébés passés sous silence », de rencontrer quelqu’un qui écoute, avec qui on peut aborder ce sujet de la mort prématurée et incompréhensible, sans tabou.

Le recours à un groupe d’étayage par des pairs, confrontés à une même communauté de destin, peut être également une étape.

Qu’il devienne un enfant parti trop tôt, dont on se souvient, et pouvant laisser la place à d’autres enfants, vivants, à venir…

Selon la phrase prêtée à SENEQUE, « la vie, ce n’est pas atttendre que l’orage passe mais apprendre à danser sous la pluie », il est souhaitable ques ses parents trouvent, pour cela, ce qu’il est convenu d’appeler des « tuteurs de résilience (facilitant cette capacité à rebondir y compris dans l’adversité, à ne pas se laisser totalement envahir psychiquement par ce qui fait violence) » et mobilisent leurs propres ressources et compétences trop souvent enfouies.

Les Québécois organisent, chaque année, une marche au cours de laquelle parents, grands-parents, membres de la fratrie ou amis, viennent poser une fleur, une rose en général, dans des vases pour créer ensemble, au fil d’une journée, un bouquet immense en mémoire des bébés décédés pendant une grossesse.

Chaque fleur représente un bébé, on la place soigneusement à un endroit précis.

Elle n’est pas toute seule, elle se trouve parmi tant d’autres fleurs, et les parents se rendent compte qu’ils ne sont pas les derniers à emprunter le chemin particulièrement caillouteux du deuil périnatal.

DE LA CAPTATION DE SON IMAGE ET DE SA DIFFUSION SUR LES RESEAUX SOCIAUX

Chez certains d’entre nous, le besoin de sortir de l’anonymat semble constituer la condition ultime de leur existence.

Dès lors, avide de notoriété, ils placent tout espoir dans la lucarne  « magique » de l’écran.

Ils revendiquent le droit à leur quart d’heure warholien, cherchent à modeler la perception que les autres devraient posséder d’eux.

L’autopromotion de ce qu’ils font / sont découle d’une attitude égotiste.

Comme a pu le développer le sociologue Pierre Bourdieu dans « La dimension critique sociale du jugement », ils sont soucieux de se distinguer dans le cercle social.

Cette quête hédonique illusoire d’un statut qui se voudrait privilégié, ne fait que mêler fierté narcissique et complexe de supériorité.

Mais attention à la surexposition ou « étalage du Moi » qui nuit à l’authentique échange.

QUELLE INDECENCE !

Le 11 août 1944, à Douai, la Mort a frappé la société civile sur les lieux de la vie quotidienne, sur les lieux de l’activité professionnelle (mon grand-père maternel Henri a perdu la vie dans les bureaux de la Gare…) à travers les bombardements.

La Commémoration, contrairement à l’inauguration d’un monument, se doit d’être un acte discret, voire intime.

L’espace mémorialisé, représenté par une stèle, par la sobriété de celle-ci, devrait induire, me semble-t-il, l’adoption d’un comportement adapté, d’une certaine retenue, voire d’une attitude de recueillement.

Mais cet espace même semble avoir été celui duquel sourdent des conduites paradoxales.

Après le discours officiel et convenu, certains (à savoir les nouveaux élus de la Majorité) se comportent comme si l’espace du lieu de mémoire s’apparentait à un terrain ludique où il est bien de prendre la pose pour dire « j’y étais ! ».

Il serait opportun de respecter ce lieu qui, pour certains, fait surgir des souvenirs douloureux, liés à une histoire familiale, aux évènements de l’histoire locale et nationale.

La mémoire, ainsi irrémédiablement figée pour la postérité, transfigurée en rituel d’évocation de l’évènement, sauve de l’oubli mais ne restitue pas le souvenir…

SYSTEMIE ET Cie

« Je ne crois pas que les parents sont cruels et les enfants impuissants ou que les maris sont logiques et les épouses émotives ou que les mères sont sensibles et que les pères ne le sont pas.

Je vois une mosaïque, un puzzle dans lequel chaque soi individuel définit les autres et le tout définit le soi comme un tableau d’ESCHER dans lequel la fin est aussi le début.

Les parties enrichissent le tout et le tout enrichit les parties ».

Salvador MINUCHIN

thérapeute familial argentin

 

« Tout individu est confronté à 2 exigences tout aussi contradictoires que complémentaires, l’exigence d’être stable et celle de changer.

La stabilité qui exclurait tout changement représenterait la mort de l’esprit.

Le changement qui ne ferait pas renaître une stabilité, marquerait la fin de tout esprit ».

Philippe CAILLE

psychiatre, thérapeute de couple et de famille

LA PERSISTANCE DE LA MEMOIRE – SALVADOR DALI (1931)

Les souvenirs, à l’image de ces montres, se déforment pour devenir des choses molles, malléables où le temps ne compte plus.

En 1935, Maxime GORKI lance une idée, une demande à tous les écrivains du monde, à savoir décrire un jour, le même jour dans l’année, le 27 septembre…

Le résultat, je l’ignore mais cette sollicitation me conduit à une certaine réflexion sur le Temps tel que vécu, tel que restitué.

Comment le temps résonne en / pour chacun d’entre nous ?

Résonne comme sonne une pendule qui marque la succession des heures ?

Ce sont les années qui sonnent au cours des pages, les unes après les autres. Sonnent des coups qui, à la différence de ceux des horloges, n’ont ni le même son, ni peut-être le même rythme, mais sonnent pour avertir que, selon les découpes communément admises, le temps a passé, un certain temps, un temps qui compte la vie, les vies, de soi-même et des autres, un temps auquel nul n’échappe.

Il y a du même et de l’autre dans ce temps-là : le même des 365 jours commençant et finissant répétitivement, l’autre du changement des êtres et des choses au fur et à mesure que passent les années.

Il y a aussi un manque : le manque de tout ce qui arrive pendant les autres 364 jours de l’année, lesquels ne figurent qu’à travers des allusions : les relations qu’ils ont, ces jours-là, avec le 27 septembre sur lequel ils ont choisi de discourir…

Mais aussi lecture stimulante, qui apprend à retenir dans l’innombrable des événements rapportés, grands et petits, le battement régulier de vie à travers préoccupations, soucis, joies – une durée personnelle à travers le foisonnement général.

Tout moment vécu a sa valeur, une valeur absolue, en quelque sorte, qui lui vient, non de son apparente importance, de son indexation en bon ou mauvais, en fort ou faible, mais du fait qu’il appartient à la vie, qu’il la manifeste, qu’il en témoigne.

Et que tout moment, même le plus ordinaire, possède un « potentiel narratif » !

Alors à vos plumes ou claviers si vous le souhaitez… pour vous même… pour les autres…

RIMBAUD ENFANT ET ADOLESCENT

La vie et l’œuvre d’Arthur Rimbaud, une vie gouvernée par le traumatisme de l’enfance, la passion et la sexualité est paradigmatique d’une adolescence remplie de violence et de souffrance.

Arthur Rimbaud, célèbre jeune homme, maudit par lui-même, dissident et révolté, fait rimer, en effet, dans sa vie comme dans sa création esthétique et poétique l’adolescence à la violence et à la souffrance.

Tout au long de ses productions, il n’a cessé d’évoquer ses « souffrances » qui sont, écrit-il, « énormes, mais il faut être fort » pour échapper au désespoir et à l’autodestruction directe et radicale.

Arthur Rimbaud n’a que 6 ans lorsque son père déserte le foyer conjugal et familial.

Son enfance malheureuse dans un milieu très modeste, rigoriste et « sans chaleur », est bien narrée dans son poème en prose Enfance, qui suit directement Après le déluge, texte ouvrant le recueil des Illuminations..

L’âpre brise d’hiver qui se lamente au seuil

Souffle dans le logis son haleine morose ! …

Et là, c’est comme un nid sans plume, sans chaleur,

Où les petits ont froid, ne dorment pas, ont peur ;

Un nid que doit avoir glacé la bise amère… »

Les Étrennes des orphelins, janvier 1870

 

Rimbaud cherche à retranscrire le manque d’une enfance calmante et consolante, enfance qu’il ignore, confronté très tôt à la brutalité et à la férocité du monde qui vous « chasse » en cas de besoin.

Assurément, son enfance est dominée par la privation, l’abandon et l’excès.

Il est très tôt victime de la carence et de l’absence, d’être « sans parents », victime d’un père rejetant et abandonnant et d’une mère froide et autoritaire, insécurisante et « sans qualités ».

Le thème de l’abandon et du délaissement est prédominant dans l’œuvre de Rimbaud « Je serais bien l’enfant abandonné sur la jetée partie à la haute mer… ».

Le manque du père a été déterminant dans la vie chaotique et embrouillée du jeune poète.

Cet adolescent génial est, dans ses nombreuses pérégrinations, en perpétuelle quête du père et de sa loi.

En ce sens, même la relation amoureuse passionnelle avec Verlaine (lui aussi comme le père d’Arthur abandonnant femme et enfant) n’évoque-telle pas une représentation du lien (retrouvé) avec la figure paternelle dans un Œdipe adolescent tardif et inversé ?

L’adolescent Arthur, en manque précoce du père, n’a-t-il pas tenté de retrouver une image paternelle incestueuse en la personne de Paul Verlaine, un père-amant ?

 

Après sa renonciation à l’écriture, Rimbaud se trouve au bord de la folie. C’est la période des péripéties, des extravagances, des comportements déraisonnables et incohérents.

Il est à ce moment-là comme « habité » et « visité » par le fantôme du père sous la forme d’un fantasme d’identification qui opère comme un « visiteur du moi », image paternelle, longtemps refoulée et tenue dans le silence, qui revient à la rescousse d’un adolescent abîmé.

Ainsi, le comportement « bizarre » de l’adolescent Arthur, lorsqu’il cesse la littérature pour partir en Afrique, était déterminé par le « fantôme » paternel.

La poésie de l’adolescent Rimbaud est globalement et sans conteste celle du dégoût, de l’écœurement et du sale.

Il prône également l’illumination, la recherche d’un absolu au travers du dérèglement de tous les sens.

À ce titre, on peut lui comparer Lautréamont, adulé comme lui et Sade, par les surréalistes, et qui a su plus que lui encore créer une poésie du désespoir et de l’immonde. Arthur Rimbaud se sent victime d’une sorte de fatalité qui s’abat et qui s’acharne sans pitié sur lui, d’un destin malheureux et implacable.

Le 10 juin 1871, Rimbaud adresse une lettre à Demeny incluant Le cœur du pitre, ce nouveau titre mettant en évidence l’identité du narrateur, le pitre, c’est-à-dire le clown, l’histrion, le funambule, le saltimbanque, qui sont des allégories traditionnelles du poète.

L’adolescent Rimbaud a le sentiment d’être confiné au secret et au silence : « Voilà le mouchoir de dégoût qu’on m’a enfoncé dans la bouche. C’est bien simple » (lettre à Demeny du 28 août 1871).

Sa détresse est immense.

LE COEUR DU PITRE

Mon triste Coeur bave à la poupe,
Mon coeur est plein de caporal:
Ils y lancent des jets de soupe,
Mon triste Coeur bave à la poupe:
Sous les quolibets de la troupe
Qui pousse un rire général,
Mon triste coeur bave à la poupe,
Mon coeur est plein de caporal !

Ithyphalliques et pioupiesques,
Leurs insultes l’ont dépravé !
À la vesprée, ils font des fresques
Ithyphalliques et pioupiesques.
Ô flots abracadabrantesques
Prenez mon coeur, qu’il soit sauvé:
Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs insultes l’ont dépravé !

Quand ils auront tari leurs chiques
Comment agir, ô coeur volé ?
Ce seront des refrains bachiques
Quand ils auront tari leurs chiques
J’aurai des sursauts stomachiques:
Si mon coeur triste est ravalé:
Quand ils auront tari leurs chiques
Comment agir, ô coeur volé ?


Juin 1871

 

A PROPOS DE MOI OU LES PEREGRINATIONS POLITIQUES DE FRANCOIS GUIFFARD

«  Je suis jeune, mais aux âmes bien nées? la valeur n’attend pas le nombre des années…
…désobéir n’est pas un si grand crime…

mes services présents pour le faire abolir sont plus que suffisants »

 CORNEILLE (Le Cid – 1637)

Explication de texte de / pour Mr le Professeur :

Candidat France Insoumise pour se présenter aux Législatives en 2017, F.GUIFFARD permet de faire élire le candidat L.R.E.M. Dimitri HOUBRON aux dépens du candidat communiste, successeur de Marc DOLEZ


Dédaignant, cette fois, France Insoumise pour une « liste citoyenne » aux Municipales tout en se réclamant « de gauche », malheureusement arrivé  en 4ème position, soit derrière le R.N, F.GUIFFARD accède au Conseil Municipal – dans l’opposition – de gauche…


Les élections à Douaisis Agglo lui offrent l’occasion de faire le grand écart -à droite toute cette fois-.

Membre obligé du M.E.N.I.D., groupe non inscrit mais votant à droite, le voilà promu pour représenter la ville de Douai (fi donc du Maire de Douai), adoubé par le Président POIRET..


Vous avez dit démocratie?

Douaisiens, dormez tranquilles…

Un politicien est né, génération Macron (il a d’ailleurs évoqué une fiscalité « compétitive » en parlant du budget de Douai Agglo!).

Obsolètes la droite, la gauche…

Vive l’opportunisme, le pragmatisme, pourquoi pas le carriérisme !

Signé : Un (in)soumis … rouge de honte